RDC: le gouverneur de Kinshasa refuse d'autoriser la marche du CLC

Le 21 janvier 2017, des marches anti-Kabila avaient été violemment réprimées, à Kinshasa, en RDC.
© JOHN WESSELS / AFP

Le gouverneur de Kinshasa, André Kimbuta, n'a pas autorisé pas la marche organisée dimanche par le Comité laïc de coordination (CLC), comme ce fut déjà le cas pour les deux premières marches des 31 décembre et 21 janvier dernier, marches mortellement réprimées. André Kimbuta a refusé de parler avec les avocats mandatés par le CLC pour discuter de l'itinéraire de demain. Le gouverneur tenait à voir les organisateurs en personne. C'est ce qu'il indique dans une lettre adressée au CLC.

Ce samedi 24 février, trois avocats se sont présentés à l’Hôtel de Ville au nom du Comité laïc de coordination. Mandatés par cette structure, ils sont allés répondre à l’invitation du gouverneur André Kimbuta pour une concertation en rapport avec la marche des chrétiens prévue ce dimanche.

Par l’intermédiaire du protocole, ces avocats dûment mandatés ont été éconduits, tout simplement. « Le gouverneur a refusé de réceptionner les documents qui établissent les itinéraires ainsi que les points de ralliement établis par le CLC. C’est une attitude incompréhensible qui traduit tout simplement la volonté d’empêcher les gens de s’exprimer pacifiquement », explique Maître Georges Kapiamba de l’Association pour l’accès à la justice (Acaj).

Selon lui, les membres du CLC sont recherchés par la justice. Ils font l’objet d’un mandat émis par le parquet, ils ne pouvaient donc pas se présenter au risque d’être arrêtés et l’autorité urbaine a saisi cette occasion pour ne pas autoriser la manifestation pacifique de ce dimanche.

Pour le chef de la police «l'objectif c'est zéro mort»

Dans un courrier adressé aux responsables du Comité laïc de coordination, le gouverneur Kimbuta estime en effet que ces responsables n'ont pas donné suite à son invitation, et qu'en ne faisant pas le déplacement, ils ont « privé les services compétents en charge du maintien de l'ordre des informations nécessaires au bon encadrement de la manifestation ».

De son côté, le chef de la police de Kinshasa a déjà fait part de ses instructions. Si la marche devait tout de même avoir lieu, il a demandé à ses hommes de ne pas tirer à balles réelles sur les manifestants. « L’objectif, c’est zéro mort, a déclaré le général Sylvano Kasongo au micro de RFI. J’ai dit aux policiers de ne pas tirer sur la population qui est une population civile, non armée. On n’a pas le droit de tirer sur la population à balles réelles. Nous serons fermes demain [dimanche, NDLR], nous serons stricts, mais courtois et nous allons empêcher que la voie publique soit troublée ».

Et pendant ce temps, les soutiens s'affichent de part et d'autre. Vers 16h samedi, une centaine de jeunes militants du parti présidentiel PPRD se sont installés dans la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa.

Coiffés de bérets rouges et autres insignes religieux pour certains, ils reprochent aux responsables catholiques de prêter les paroisses au leader de l’opposition pour des activités politiques : « Plus de trois fois, cette église a été prêtée à l'UDPS, et Kabund l'a reconnu. On prend l'église, on donne à l'opposition. Et nous, la jeunesse du président, on ne va pas partir, parce que cette église est pour nous tous. » Ils disent être décidés. Ils vont passer nuit ici. « Nous allons transformer cette église ne lieu de meeting politique ! On n'ira nulle part ! », crie cette jeune fille.

Finalement, suite à cette arrivée massive des jeunes du PPRD, parti présidentiel, la messe de 18 heures a été annulée. Pour Papy Mpungu, président du Mouvement des jeunes leaders du PPRD, à la tête de ce mouvement, cette mobilisation répondrait à un complot ourdi contre le pays. « Notre pays est devant un complot, et il n'y a que nous, la jeunesse, pour se battre pour protéger la patrie. »

Finalement, à 20h la police, stationnée devant la paroisse, a prié les jeunes de quitter les lieux.

Une tribune de personnalités en soutien au CLC

En face, le Comité laïc de coordination compte lui de nombreux soutiens. Celui de l'Eglise catholique tout d'abord, mais également celui de 85 intellectuels, chercheurs et artistes du monde francophone qui ont signé une tribune chez nos confrères du Monde Afrique. Ils disent craindre une nouvelle répression disproportionnée et appellent à privilégier le dialogue.

Les manifestants doivent exprimer ce qu'ils ont envie d'exprimer en toute quiétude, de manière pacifique. C'est un droit fondamental garantit par la Constitution de la RDC.
85 intellectuels et artistes africains ont signé une tribune de soutien au CLC
24-02-2018 - Par Bineta Diagne

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