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RDC

RDC: les marches organisées par le Comité laïc brutalement dispersées

Un manifestant blessé à la jambe par la police lors des marches à Kinshasa, ce dimanche 25 février 2018, ici à l'hôpital.
© REUTERS/Goran Tomasevic

En République démocratique du Congo (RDC), les marches organisées, ce dimanche matin 25 février, à la sortie des messes, à l'appel du Comité laïc de coordination (CLC) ont été violemment dispersées par les forces de l'ordre à Kinshasa et dans plusieurs grandes villes du pays par des tirs de gaz lacrymogènes et des tirs à balles réelles. Le bilan fait désormais état de deux morts. Un mort et deux blessés par balle à Kinshasa, bilan corroboré par plusieurs sources ; une personne a succombé à ses blessures à Mbandaka, dans la province de l'Equateur. Un bilan contesté par le porte-parole de la police qui dans une allocution à la RTNC parle lui de deux blessés graves - des délinquants - et des interpellations uniquement à Goma. La tension a baissé à Kinshasa en cette fin de journée.

En début d'après-midi, la tension commence à retomber à Kinshasa où les check-points commencent à être levés et où la circulation reprend timidement.

Ecoutez le point fait à la mi-journée par l'un de nos correspondants à Kinshasa
25-02-2018 - Par Patient Ligodi

Ce dimanche matin, les barrages de police étaient certes moins nombreux dans la capitale par rapport aux marches précédentes et internet a été coupé plus tard que la dernière fois aussi. Aux environs de 9 heures. Mais comme le 31 décembre et le 21 janvier, les marches ont été rapidement dispersées à coup de gaz lacrymogènes et tirs à balles réelles. Un homme a été tué dans la capitale, dans une paroisse de Lemba. Son décès a été constaté à l'hôpital. Deux autres personnes ont été blessées par balles. Selon le mouvement citoyen La Lucha, des fidèles ont été tabassés.

La police, dont le porte-parole parle d'un blessé grave et qui avait affiché l'objectif «zéro mort», déclare elle n'avoir utilisé que des balles en caoutchouc.

Dans les paroisses à Kinshasa, prêtres et habitants témoignent

Le père Tabu, curé de la paroisse Saint-Benoît, à Lemba, raconte à RFI comment la police est intervenue aux environs de 10h00 pour disperser les manifestants.

Témoin sur l'intervention brutale des Forces de l'ordre dans la commune kinoise de Lemba
25-02-2018 - Par Florence Morice

« La situation a vraiment dégénéré. On est en face d’une barbarie qui n’a pas son nom. Des Forces de l’ordre sont venues et ont commencé à tirer et, comme la fois dernière à balles réelles. Nous attendions les amis de la paroisse Saint-Augustin et de Saint-Laurent. Dès leur arrivée, la police a commencé à tirer des gaz lacrymogènes, cherchant à disperser les gens. Les gens ont commencé à résister et je pense que c’est à ce moment-là qu’ils ont commencé à tirer à balles réelles parce qu’il y a des blessés. A l’heure actuelle, la situation est tendue. Ils ont barricadé la paroisse. Des paroissiens et tous les manifestants sont enfermés dans l’enceinte de la paroisse. Ils les empêchent de sortir », a-t-il constaté.

Autre paroisse, celle de Saint-Michel, à quelques mètres de la paroisse Saint-François de Salle à Kinshasa. Là encore les jeunes du quartier se sont heurtés au dispositif policier déployé, de même que les paroissiens à leur sortie de l'église. Il ont été dispersés par des gaz lacrymogènes. On a également entendu des tirs à balles réelles.

En province aussi, «la répression était vraiment terrible»

Cette nouvelle journée de marche à l'appel du Comité laïc contre le maintien au pouvoir du président Joseph Kabila était également interdite à l'intérieur du pays.

Gaz lacrymogènes, tirs à balles réelles, coups de bâtons… A Kisangani, les forces de l’ordre ont violemment réprimé la marche des chrétiens. Au niveau de la cathédrale Christ-Roi, dans la commune de Mangobo, deux manifestants ont été grièvement blessés, selon des témoins, joints au téléphone. Trois prêtres ont été également interpelés et embarqués dans une jeep par la police.

Joint par RFI, un Congolais a tenté de manifester aux abords de la cathédrale de Kisangani. « La police a réagi vraiment brutalement. Il y a eu des coups de balles, des bombes lacrymogènes. Ils ont bloqué toutes les issues. Une personne a été blessée à la jambe et au niveau du cou. Une autre personne a été tabassée. Elle était devant moi. Ce que je vous dis, c’est ce que j’ai vu. La répression était vraiment terrible. La Monusco est venue mais elle est arrivée trop tard. C’était déjà fini », a-t-il témoigné.

A Lubumbashi, un camion remorque en provenance du poste frontière de Kasumbalesa, a été incendié avec toute sa cargaison à l’entrée de la ville. Peu avant, la police et l’armée avaient également dispersé des rassemblements de manifestants à la cathédrale Saint-Pierre et Paul et dans au moins quatre autres paroisses. Des maisons supposées appartenir aux policiers ont été incendiées à Bandaka, après des tirs de sommation pour dissuader la population à manifester.

Dans d’autres villes, comme Goma, Bukavu et Kikwit, les marches ont été étouffées. La police et l’armée étaient déployées massivement dans les rues.

Ce matin, la situation était calme pourtant à la paroisse Saint-François de Sales à Kitambo, quartier nord de Kinshasa, où s'était rendu notre correspondant.

RDC: devant la cathédrale Notre-Dame de Kinshasa ce dimanche matin 25 février 2018. © REUTERS/Goran Tomasevic

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