Attaques à Ouagadougou: le point sur les faits

Une épaisse fumée noire s'élève dans le ciel de Ouagadougou vendredi 2 mars après l'explosion d'une voiture piégée près de l'état-major général des armées.
© Ahmed OUOBA / AFP

Ouagadougou a été vendredi 2 mars frappée par une double attaque terroriste d'envergure qui a visé l'état-major général des armées et l'ambassade de France. Au moins huit assaillants et huit membres des forces de sécurité ont été tués. On dénombre également plus de 80 blessés. Un bilan encore incertain.

L'attaque du vendredi 2 mars 2018 à Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, s'est déroulée de manière coordonnée, quasi simultanée, selon un mode opératoire connu visant deux cibles distantes de deux kilomètres, l'une française située tout près de la Primature, et l'autre côté burkinabè, frappant les forces de sécurité du pays.

Il est 10h quand des tirs résonnent dans le quartier de l'ambassade française. Paul Zongo se trouvait non loin de l'avenue de l'Indépendance. « Un véhicule s'est garé au niveau de l'avenue et quatre jeunes de moins de 25 ans en sont sortis. » Paul dit les avoir vus d'abord essayer de pénétrer dans le bâtiment côté est, où des tirs ont éclaté.

« Ils portaient des sacs et des kalachnikovs. Ils étaient vraiment lourdement armés », ajoute-t-il. Mais on ne sait pas s'il y a intrusion ou non dans les bâtiments - vraissemblablement non -, ou même au niveau du sas de filtrage. Les gendarmes en charge de la protection donnent une réponse immédiate.

« Les forces françaises n'ont pas pris part directement à l'action », selon l'état major à Paris. La rapidité de l'intervention des forces burkinabè à l'ambassade sera en effet saluée par Emmanuel Macron. Quatre terroristes auraient été tués. Deux gendarmes burkinabè ont également perdu la vie. Aucun ressortissant français n'a été tué ou blessé lors de l'attaque, de source diplomatique française.

Un peu après 11h heure locale, à la demande des autorités burkinabè selon Paris, deux hélicoptères français du commandement des opérations spéciales (COS) déposent finalement des commandos chargés de sécuriser la zone. Ils se répartissent autour de l'ambassade, de l'Agence française de développement (AFD) et, un peu plus loin, des locaux l'Institut français.

Après l’explosion, les forces de défense et de sécurité burkinabè ont promptement réagi, ont très rapidement neutralisé les terroristes et ont pris le contrôle des lieux. Tout ça a commencé aux environs de 10 heures -heure locale- et en début d’après-midi la situation était sous contrôle.
Alpha Barry, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, sur la réaction des forces de l'ordre
03-03-2018 - Par Alexandra Brangeon

L'état-major de l'armée, l'attaque la plus puissante à Ouagadougou

C'est en effet vers l'Institut français que, quelques minutes après cette première attaque, le siège de l'état-major général des armées du Burkina Faso subit une puissante explosion. Une épaisse fumée noire s'élève dans le ciel de la capitale. Une voiture bourrée d'explosifs vient de sauter. L'explosion est suivie d'un second assaut terroriste.

C'est l'attaque de l'état-major qui fait le plus de victimes. Les autorités font état de la mort de quatre terroristes, ce qui porte le nombre d'assaillants tués à huit. Rien n'indique que d'autres aient pu s'enfuir. Huit membres des forces de sécurité ont également été tués et plus 80 personnes ont été blessées, bilan encore provisoire.

« La charge était suffisamment forte et énorme pour occasionner de graves destructions », expliquera plus tard le ministre burkinabè de la Sécurité, Clément Sawadogo. Cela aurait pu être pire, les chefs de l'armée avaient une réunion sur le G5 Sahel et la salle prévue à cet effet a été soufflée. Au dernier moment, la réunion a été transférée dans une autre salle.

De bonne source, on indique que le chef d'état-major burkinabè, Oumarou Sadou, est sain et sauf. Il n'a pas été touché. Si la réunion s'était tenue dans la salle initialement convenue, « il y aurait eu effectivement une situation extrêmement dramatique », confirme le ministre de la Sécurité.

Plusieurs personnes ont été interpellées. L'enquête devra déterminer comment des assaillants sont parvenus à pénétrer dans le bâtiment avant d'être neutralisés par les forces de sécurité burkinabè. Le ministre des Affaires étrangères évoque la possibilité qu'ils aient neutralisé les gardes qui protégeaient l'entrée. Selon des témoignages, certains assaillants portaient des tenues de l'armée, information démentie par le ministre Alpha Barry.

Nous affirmons qu’il s’agit bel et bien de 8 morts et non de 28 morts. Pour nous, le chiffre de 28 est faux. Il serait difficile de cacher une vingtaine de morts.
Alpha Barry, ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, à propos du bilan de l'attaque
03-03-2018 - Par Alexandra Brangeon

→ À relire : Ouagadougou frappée par deux attaques meurtrières

Depuis un attentat-suicide, il y a 10 ans, devant l'ambassade française en Mauritanie, c'est la première fois qu'une représentation de Paris en Afrique est visée par une attaque terroriste. On estime à au moins 20 000 le nombre de ressortissants français vivants dans les pays du G5 Sahel actuellement.

Les forces spéciales qui sont intervenues vendredi sont spécialement entraînées pour ce genre de scénario, notamment l'exfiltration d'un ambassadeur ou de hauts responsables burkinabè. Surtout depuis la sanglante attaque contre le consulat américain de Benghazi, il y a six ans.

D'une manière générale, la sécurité des ambassades françaises au Sahel a été renforcée depuis l'opération Serval, et des audits ont été conduits, concernant non seulement les représentations diplomatiques, mais aussi les intérêts privés, ou les logements des coopérants ou travailleurs expatriés français.

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