Attaques à Ouagadougou: comment en est-on arrivé là?

Dispositif sécuritaire près de l'état-major général des armées durant l'attaque à Ouagadougou le 2 mars 2018.
© REUTERS/Anne Mimault

Les attaques qui ont frappé Ouagadougou ce vendredi 2 mars sont loin d'être les premières au Burkina Faso et dans sa capitale. La situation sécuritaire a commencé à se dégrader après la chute de Blaise Compaoré le 31 octobre 2014, au point que certains experts considèrent qu'il y a deux maillons faibles aujourd'hui au Sahel : le Mali et le Burkina.

La première attaque terroriste remonte au 15 janvier 2016, une attaque d'envergure contre un hôtel le Splendid, et le restaurant le Cappuccino, 30 personnes sont tuées, majoritairement des Occidentaux. L’attentat provoque un vrai choc, c'est la première fois que le pays est confronté de plein fouet au risque terroriste.

Il y a eu ensuite l'attaque du 13 août 2017 contre le café restaurant Aziz Istanbul. Les experts s'accordent à dire que la cible n'était peut-être la bonne, car de nombreux Burkinabè sont tués. Mais ce qui est peut-être un raté fait 19 morts.

Ailleurs dans le pays

Dans le nord en particulier, à la frontière avec le Mali, dès le début de l'année 2015, la région est contaminée en quelque sorte par l'insécurité qui règne au Mali. Les enlèvements et les attaques sur des gendarmeries et des écoles se multiplient. Selon un bilan officiel, il y aurait eu dans le nord du pays 133 morts dans 80 attaques. Le Nord n'était pas préparé à ce harcèlement des terroristes venus du Mali et les forces de sécurité n'ont souvent pas les moyens de faire face.

Pourquoi le Burkina est devenu la cible des terroristes en quelques années ? Est-ce un hasard que la situation se détériore au départ de Blaise Compaoré ? Probablement pas. C'est en tout ce que disent les différents analystes et experts sur la question. La menace existait avant sur le nord du pays, il y a eu plusieurs alertes de va-et-vient suspects et le Nord était déjà déconseillé. Mais c'est un fait, c'est après le départ de l'ancien président que le risque et la menace se sont matérialisés.

Un système sécuritaire effondré

Avec le départ de Blaise Compaoré, le système sécuritaire s'est effondré et n'est pas remonté en puissance depuis. Les nouvelles autorités ont voulu tourner la page avec le système militaire et sécuritaire précédent. Mais ceux qui ont pris la relève n'étaient pas aux commandes jusque-là. Ils n'avaient donc pas les mêmes contacts, sachant en plus que le régime de Blaise Compaoré était particulièrement au fait des questions terroristes et en lien même avec certains d'entre eux, ce qui lui a permis de jouer plusieurs fois les intermédiaires dans les libérations d'otages.

Les nouvelles autorités ont perdu ce réseau et n'ont visiblement pas réussi à le reconstruire suffisamment. Ce n'est pas un hasard, disent certains analystes, si Niamey et Nouakchott n'ont pas été frappés par des attaques de l'envergure de celles qui ont touché Ouagadougou. Dans ces pays, les réseaux sont debout, en place depuis des années, et protègent manifestement jusque-là, même s'il faut toujours rester prudent.

Qui est responsable ?

Autre question : Blaise Compaoré, depuis son exil ivoirien, est-il directement responsable de ce qui se passe ? C'est ce que certains disent au sein du pouvoir. Ils s'inquiètent du pouvoir de nuisance de Blaise Compaoré et de Gilbert Diendéré, son ancien chef d'état-major. Mais certains experts estiment que l'actuel régime est devenu paranoïaque et qu'en luttant contre les anciens du pouvoir de Blaise, il se détourne de la vraie menace aujourd'hui, à savoir celle des terroristes. Blaise Compaoré joue-t-il vraiment un rôle ? La question est souvent posée.

Ce qui s'est passé est en tout cas un nouveau coup dur pour le Burkina. Les nouvelles autorités, qui sont mises à rudes épreuves, vont devoir peut-être repenser leur politique sécuritaire. Faut-il négocier avec les terroristes pour acheter la paix, comme d'autres pouvoirs l'ont fait et le font encore ? Faut-il mieux former les forces de sécurité à cette nouvelle menace ? Le chantier s'annonce en tout cas compliqué.

Le Burkina Faso est devenu le maillon faible parce qu'il y a eu une révolution démocratique dans ce pays...

Antoine Glaser, journaliste, spécialiste de l'Afrique
02-03-2018 - Par Marie-Pierre Olphand

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