Burundi: le match de foot de lèse-majesté, ou quand Nkurunziza se fait tacler

Le président burundais Pierre Nkurunziza dribble un gardien de but durant un match à Abidjan, le 26 février 2007.
© KAMBOU SIA / AFP

L'administrateur de Kiremba et son adjoint chargé du sport ont été écroués pour « complot contre le chef de l'État » en fin de semaine dernière. Leur faute : avoir « permis » que le président Pierre Nkurunziza soit malmené physiquement au cours d'un match de football qui s'était déroulé le 3 février dans cette commune du nord du Burundi.

On ne rigole pas avec les tibias de Pierre Nkunrunziza. Le 3 février dernier, l'équipe du président, l'Alléluia FC, affronte le club de Kiremba. Kiremba, pour l'occasion, a recruté quelques joueurs parmi les réfugiés congolais du camp de Musasa. Les Congolais, crime de lèse-majesté, ont à plusieurs reprises attaqué de front Pierre Nkurunziza, alors balle au pied, et l'ont même fait tomber.

L'administrateur de Kiremba, Cyriaque Nkézabahizi, et son adjoint chargé du sport, Michel Mutama, ont donc été écroués pour « complot contre le chef de l'État » en fin de semaine dernière. Ils ont été emprisonnés à la prison de Ngozi, à 130 km au nord de Bujumbura.

Les règles sont pourtant connues de tous : quand le président est en possession du ballon, aucun adversaire ne doit l'approcher à moins de trois mètres. Et il doit marquer un but, ou du moins être à l'origine d'une action décisive. Mais les footballeurs congolais ignoraient ces bonnes manières.

Sur le terrain, la consigne est claire : l'équipe adverse peut égaliser contre le Alléluia FC, mais elle doit absolument laisser le président marquer avant le coup de sifflet final. Un arbitre avait averti ainsi une équipe rivale : « Si vous ne laissez pas son Excellence marquer le but, vous allez jouer jusqu'à demain. »

Pour Nkunrunziza, le ballon rond est une religion, il y consacre la moitié de son temps. En 2015, alors que certaines rues de la capitale sont jonchées de cadavres, lui court après un ballon.

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