En Algérie, Sara Mehchem, «Madame réseaux sociaux»

Sara Mehchem
© RFI/Leila Beratto

Responsable d’une agence qui aide les marques à choisir leur stratégie sur les réseaux sociaux, cette Algérienne de 34 ans fait partie de la jeune génération d’entrepreneurs. Un modèle et une source d’inspiration pour son ami Chams-Eddine Bezzitouni.

A l’annonce de l’idée d’un portait, Sara Mehchem avait prévenu : « Je n’aime pas les superlatifs ». Cette chef d’entreprise de 34 ans, qui refuse d’écrire « cheffe », dirige une équipe de 4 personnes et gère et accompagne plusieurs marques algériennes dans leur déploiement sur les réseaux sociaux. Pour son ami Chams-Eddine Bezzitouni, 27 ans, consultant en open innovation, elle est « un idéal de femme algérienne », même si elle balaie les compliments d’un revers de main.

En 2015, lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois, Sara est une « star ». « Je venais d’intégrer le domaine des technologies de l’information et de la communication et Sara était déjà une e-influenceuse », raconte Chams-Eddine. Ils se rencontrent à plusieurs événements liés aux nouvelles technologies. Le jeune homme, qui poursuit un doctorat en Sciences politiques est alors responsable de l’incubateur de start-up de Sidi Abdellah, en périphérie d’Alger. Ses interlocuteurs sont frappés par sa maîtrise des dossiers, malgré son jeune âge. Lui veut apprendre encore et encore, se diversifier et renforcer les compétences des entreprises qui naissent autour de lui. « Sara a quitté un poste confortable pour créer une entreprise qui fait du social media, alors qu’à l’époque, cela n’avait aucune valeur économique. Il fallait du courage, de la force et un peu de folie », estime-t-il.

Influence sur les réseaux sociaux

Après des études à l’université de Dely Ibrahim à Alger, Sara Mehchem hésite entre travailler comme graphiste ou comme publicitaire. Son envie : créer. Elle intègre une agence publicitaire, puis, fonde sa propre agence, Oxymuse, avec son mari. L’agence a fêté ses 4 ans, au début du mois de mars. En Algérie, où la 3G a été commercialisée en 2013, plus de 26 millions de personnes utilisent l’internet mobile et près d’un habitant sur deux a un compte Facebook. Sur les réseaux sociaux algériens, Sara est connue pour les photos et les vidéos qu’elle publie de son quotidien et pour un blog qu’elle a tenu l’année de ses 30 ans : « I am 30 and i will ». Long cheveux bruns bouclés et grandes lunettes noires, elle apparaît toujours coquette et souriante.

En parallèle de son entreprise, la jeune femme fait partie de plusieurs groupes de jeunes entrepreneurs qui se réunissent régulièrement. Elle y retrouve Chams-Eddine Bezzitouni.  Ce dernier lui propose un jour de rejoindre également le club femmes de la Chambre de commerce algéro-française : « Elle m’a répondu : je n’ai pas envie d’être dans un club de féministes », dit-il en riant. Comprendre, un club où il n’y a que des femmes. Pour Sara Mehchem, le féminisme c’est faire en sorte « que la femme soit égale à l’homme ». Elle déteste qu’on considère les femmes comme plus fragiles ou plus faibles. Dans un pays où le Code de la famille institue la femme comme mineure, elle dit n’avoir besoin d’aucun mécanisme particulier de soutien en tant que « femme » : « Je veux qu’on me laisse faire, comme n’importe quel homme ». « Elle n’aime pas être maternée », rigole Chams-Eddine Bezzitouni, qui a fini par la convaincre, en lui prouvant que dans ce club de femmes, il y avait aussi des hommes.

Renforcer les capacités des entrepreneurs

Le jeune homme souligne qu’il est difficile d’avoir des modèles féminins. Même s’il cite en exemple régulièrement sa mère et sa soeur aînée, il nuance : « Chez nous, les enfants sortent de la maison surtout avec leur père. Sara ne représente pas toutes les femmes algériennes, mais elle est pour moi une utopie. Elle incarne les valeurs de générosité et de partage de notre culture ». En trois ans d’amitié, ils ont beaucoup travaillé ensemble. Avec d’autres entrepreneurs, ils ont fondé Algerian World Experience, pour aider les jeunes entreprises algériennes à connaître ce qui se fait à l’étranger, à renforcer leurs capacités et pour donner de la visibilité à l’entreprenariat algérien. De l’économie algérienne, dont les hydrocarbures représentaient 94% des exportations en 2016, ce n’est pas des start-up dont on entend le plus parler. Sara et Chems-Eddine font partie de ceux qui veulent que cela change. « Malgré notre différence d’âge, on travaille dans le même secteur, on apprend ensemble, au même moment. Sara n’est jamais dans un rapport de concurrence », explique-t-il.

Il soupire au souvenir d’une mission à l’étranger où il a découvert les défauts de son amie : « Elle a besoin que tout soit toujours bien organisé, propre, bien servi. Si tu te trompes, elle le dit. Mais elle le fait toujours de façon très diplomatique, en bonne communicante ». Pour organiser un dîner au restaurant avec elle, il vaut ainsi mieux avoir réfléchi au jour, au type de restaurant, en fonction des invités et du but de la soirée. « Je suis impressionné par sa capacité à pendre des décisions. J’en suis incapable. Sara fonce, mais à la différence de beaucoup de gens, elle a fait tous les calculs avant ».

© RFI

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