Sénégal: troisième report du procès d'une trentaine de terroristes présumés

Le palais de justice de Dakar, au Sénégal.
© RFI/Guillaume Thibault

Pour la troisième fois, le procès de 32 Sénégalais soupçonnés d'activités en lien avec le terrorisme s'est ouvert aujourd'hui au tribunal de la capitale Dakar. Il s'agit d'un procès hors du commun, le premier de cette ampleur au Sénégal, renvoyé deux fois suite à des problèmes de procédure judiciaire. Au coeur de l'affaire, un imam, Alioune Ndao, soupçonné d'avoir cherché à mettre en place un réseau jihadiste dans le pays. Mais suite à une erreur de procédure dans la processus judiciaire, le juge a décidé de renvoyer l’affaire au 9 avril.

Avec une heure de retard, dans une salle comble de près de 1 300 personnes, premier signe de défiance : la majorité des prévenus ne se lèvent pas à l'arrivée du tribunal, ce 14 mars. Devant des éléments des forces d'élite antiterroriste sénégalaises, les avocats se voient obligés de demander au juge que les menottes soient enlevées.

Le juge Samba Kane appelle alors les prévenus. L'imam Alioune Ndao salue la foule par un « Salam Alaykoum » et la salle lui répond. Le juge exige une première fois le silence. Deux accusés restent sur le côté.

Le procureur demande la parole et reconnaît que « le juge a omis de mentionner le nom de ces deux accusés, je demande un renvoi pour rectifier cette erreur ». Ce qui provoque une bronca dans la salle. « Nous ne sommes pas dans un meeting politique, je ne veux plus entendre d'applaudissements ! », coupe le juge.

Les avocats de la défense démontent l'argumentaire du parquet. « Monsieur le juge, c'est comme si vous preniez deux personnes au hasard dans la salle pour les juger » explique l'un d'eux. « Soyons sérieux, ajoute un autre. Nous ne taillons pas le droit ».

Code pénal à la main, les avocats des deux jeunes hommes vont plus loin. « La loi est claire : ils ne sont pas cités à comparaître, ils doivent être libérés immédiatement ».

Avant même cette audience et après déjà deux premiers renvois, les avocats, notamment de l’imam Ndao, présenté comme l’idéologue du groupe, estimaient que ce dossier était mal ficelé, voire vide. « Vous verrez, dans le dossier, il n'y aucun fait, tout ce qui a été articulé contre l'imam Ndao ne résulte que de l'affabulation des enquêteurs. Donc nous estimons que c'est un dossier sans aucun fondement, sans aucune consistance juridique », s'emporte Maitre Moussa Sarr qui coordonne l’équipe qui défend l’imam originaire de Kaolack.

L'audience est suspendue. Après 45 minutes de délibéré, le procès a été renvoyé au 9 avril. Déjà sous la pression de sympathisants de l’imam Ndao qui viennent nombreux à chaque audience, le juge Samba Kane va désormais devoir reprendre en main ce dossier sensible pour permettre la tenue d’un procès dans les règles.

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