Jeunes filles enlevées au Nigeria: Amnesty dénonce des manquements sécuritaires

Des écolières attendent l'arrivée du président nigérian Muhammadu Buhari à l'école de Dapchi, le 14 mars 2018, en brandissant une pancarte réclamant la libération de leurs camarades enlevées.
© REUTERS/Ola Lanre

Au Nigeria, Amnesty International accuse les forces de sécurité nigérianes d'avoir ignoré les mises en garde répétées sur les mouvements de combattants de Boko Haram dans l'Etat de Yobe, quelques heures avant et après l'enlèvement de 110 jeunes filles dans leur école de Dapchi. Le rapport publié mardi 20 mars dénonce des manquements sécuritaires lors de l'enlèvement du 19 février dernier et demande l'ouverture d'une enquête.

En se basant sur les témoignages de 23 personnes et trois responsables en charge de la sécurité, Amnesty International indique dans son rapport que les militaires et la police avaient été prévenus que des combattants étaient en route pour Dapchi le 19 février dernier.

« Nous avons été en mesure de confirmer qu'il y a eu des mises en garde, affirme Osai Ojigho, directrice de l'ONG pour le Nigeria. Les autorités, en l'occurrence les militaires, ont été prévenues et appelées par les habitants qui disaient voir des groupes de gens étranges rentrer en ville. La police a aussi été contactée, en tout au moins 5 appels ont été effectués dans un laps de temps de 4 heures et ils ont dit être au courant et gérer la situation. »

D'après les informations récoltées par Amnesty International, des combattants présumés membres de Boko Haram sont arrivés à Dapchi aux environs de 18h30.
Ils se sont rendus directement dans le pensionnat de l'école, avant de quitter les lieux aux alentours de 20h. Avec leurs captives, ils ont ensuite rejoint la localité de Gumsa où d'autres résidents ont donné l'alerte vers 21h.

« Cet enlèvement aurait pu être empêché »

« Est-ce qu'au cours de ces quatre heures ils n'auraient pas pu agir différemment, ce qui aurait au moins permis de sauver la vie d'un maximum de filles ? D'autant que les assaillants ont demandé leur chemin, ce qui signifie que les populations savaient dans quelle direction ils allaient. Dans une certaine mesure, cet enlèvement aurait pu être empêché », poursuit Osai Ojigho.

Selon les témoignages de villageois, un avion militaire est arrivé une heure après le départ des combattants. L'ONG a demandé l'ouverture d'une enquête pour établir les responsabilités. Contactée par RFI, l'armée nigériane n'a pas souhaité s'exprimer sur le sujet.

Nous avons mené une enquête pour savoir ce qui s'est passé, à quel moment, qui est impliqué, qui a fait son travail et qui ne l'a pas fait. Nous avons interviewé environ 23 personnes et nous avons trouvé que les forces de sécurité ont été incapables de répondre à au moins quatre heures de mises en garde selon quoi Boko Haram arrivait. Les villageois, les communautés, les autorités locales ont prévenu les agences de sécurité, que ce soit les militaires ou la police. Il faut savoir qu'au quotidien, les agences de sécurité ont confiance dans les populations et inversement, si bien qu'ils partagent les informations, et quand les populations voient un danger, elles les appellent. Ce jour-là, ils les ont appelées, ils ont fait ce qu'il fallait, ils leur ont répété "écoutez, ces gars arrivent, ils se dirigent vers notre ville", mais ils ont refusé de faire quoi que ce soit. C'est pour cela que nous demandons au gouvernement nigérian d'enquêter et de découvrir qui a refusé de faire ce qu'il fallait, afin de prendre les mesures qui s'imposent.

Isa Sanusi, porte-parole d'Amnesty International pour le Nigeria
20-03-2018 - Par Julie Vandal

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