Six mois après l'alternance, la guerre du leadership se poursuit en Angola

José Eduardo dos Santos et João Lourenço à Luanda, le 19 août 2017.
© MARCO LONGARI / AFP

Cela fait six mois jour pour jour que José Eduardo dos Santos a quitté la présidence de l'Angola. Et six mois que son successeur, João Lourenço, lui aussi issu du MLPA, le parti au pouvoir depuis 42 ans, a officiellement pris les rênes de l'Etat. Alors que le pays est exsangue, frappé par une crise économique sans précédent, João Lourenço promet beaucoup : lutte contre la corruption, ouverture de l'espace démocratique, etc. Mais il n'a encore ni les rênes du parti, le MPLA que s'est réservé son prédécesseur, ni de marges d'un point de vue économique.

Bicéphalie, c'est le mot sur toutes les lèvres à Luanda, depuis l'accession au pouvoir de João Lourenço et ses premières mesures surprises. Six semaines après son investiture, le nouveau président démet Isabel dos Santos de la tête de la Sonangol, la compagnie pétrolière angolaise, et rompt tous les liens entre les enfants de José Eduardo dos Santos et l'Etat angolais. Certains comme la fille de l'ancien chef d'Etat sont menacés de poursuites, éclaboussés presque tous les mois par de nouveaux scandales.

João Lourenço n'a pas respecté non plus l'interdiction de changer les chefs des services de sécurité imposés par son prédécesseur. Au nom de la Constitution, il a même ramené à la tête des services de renseignements le général Fernando Miala, jeté pendant quatre ans en prison officiellement pour avoir comploté contre la vie de José Eduardo dos Santos.

L'ancien président, resté à la tête du parti-Etat, le MPLA, a annoncé vouloir conserver ses fonctions jusqu'en décembre, voire avril 2019, « par prudence », martèle-t-il. Ces propos ont provoqué une levée de bouclier chez les partisans de João Lourenço qui souhaitent qu'il prenne les rênes du MPLA le plus tôt possible, blâmant l'ex-chef d'Etat et son entourage pour l'état de délabrement du pays. Une hypocrisie, pour les proches de José Eduardo dos Santos qui dénoncent une tentative de prise de contrôle autoritaire et des règlements de comptes.

Les tensions ralentissent les réformes, estiment certains

Pour vice-président de la Casa-Ce, deuxième parti d'opposition du pays, considéré comme le plus modéré, ce serait injuste de faire un bilan des six mois du président Lourenço. « Le président Lourenço a hérité d'une situation très difficile, d'une situation économique très complexe, indique le général André Mendes de Carvalho lio dit « Miau ». Six mois, c'est trop peu pour faire un bilan. Mais je trouve que ses discours, ses promesses sont  plutôt positifs. Mais ce sera sans doute très difficile pour lui de les mettre en oeuvre. »

Du côté de l'Unita, l'ennemi héréditaire et principale force d'opposition, il y a des députés qui comme le docteur Maurilio Luyele qui ont été agréablement surpris par les premières mesures du président Lourenço. Mais il craint que les dissensions avec José Eduardo dos Santos ne ralentissent le processus. « La bicéphalie ne contribue pas au changement qui est nécessaire au pays. Il doit établir une espèce de compromis avec le responsable du parti car ça l'empêche d'avancer plus vite et plus fort dans la direction du changement », estime-t-il.

Parmi les mesures appréciées par ce cadre de l'Unita, l'annonce de l'organisation des élections municipales et les premières mesures de lutte contre la corruption.

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