Au lendemain de la mort de Winnie Mandela, pluie d’hommages en Afrique du Sud

Le public est massé devant la maison de Winnie Mandela à Soweto, Afrique du Sud, le 3 avril 2018.
© REUTERS/James Oatway

En Afrique du Sud, les hommages se poursuivent pour saluer la mémoire de Winnie Mandela, « Mama Winnie », comme l’a surnommaient affectueusement les Sud-Africains. L’ex-épouse du héros de la lutte contre l’apartheid est décédée ce lundi à 81 ans. Dans le quartier de Soweto, devant la maison où vivait Winnie Mandela, l’émotion reste très forte.

A Soweto, l’émotion est encore forte et les hommages se succèdent. Des hommages très politiques, au lendemain de sa mort. On ne compte plus les personnalités qui se sont présentées ce mardi matin devant le portail de sa maison à Soweto, pour faire part de leurs condoléances à la famille.

On a vu l’ancien président Thabo Mbeki, plusieurs ministres, des responsables de la Ligue des femmes de l’ANC que Winnie Mandela avait dirigée à l’époque, mais aussi, et surtout, le parti de gauche radical, l’EFF.

Malema prend la parole

Alors que les hommages restaient discrets jusque-là, ils sont venus en nombre, ont marché et chanté à la gloire de « Mama Mandela », tout en se dirigeant vers sa maison à Soweto. On ne parle pas de récupération politique, mais d’une démonstration de force, quelque part, du parti qui revendique une partie du combat radical de Winnie Mandela. On savait le leader de l’EFF Julius Malema très proche de l’ex-épouse de Nelson Mandela. Certains le voient même comme son dauphin en politique.

Après un hommage appuyé devant les médias, Malema a grimpé sur une table, en tribun, et a tenu un véritable meeting improvisé, entouré par ses sympathisants. « Que personne ne nous dise qui était Winnie Mandela, car Winnie Mandela c’était nous, a-t-il dit. Winnie Mandela savait ce qu’était défendre les Noirs sud-africains, a-t-il ajouté, avant d’haranguer la foule, assurant que lui et l’EFF feront tout pour faire vivre l’héritage et le combat de la mère de la nation. La lance du combat est tombée à nous de la ramasser et de continuer le combat ». Julius Malema a accusé l’ANC de ne pas avoir suffisamment soutenu Winnie Madikizela Mandela, dénonçant ceux avait pris leur distance avec la mère de la nation au nom de la réconciliation nationale.

Pendant les années les plus dures de l’apartheid, Winnie Madikizela Mandela appelle à la violence, s’entoure de jeunes accusés de semer la terreur à Soweto.
Des positions qui lui seront plus tard reprochées. Pour Sello Hatang, directeur de la fondation Nelson Mandela, il ne faut pas oublier la violence de l’époque.

« A l’époque où elle était torturée, où elle était en cellule d’isolement, ces critiques étaient ceux qui profitaient de l’apartheid contre lequel elle luttait. Il faut arrêter de juger les gens pour leur passé et essayer de comprendre ce qu’ils ont vécu. »

« Quelqu'un qui a fait l'Histoire » estime Fortunate

Thabiso retiendra plus Winnie que Mandela. Selon lui, elle n'était pas uniquement la femme de l'illustre prix Nobel de la Paix. « En tant que personnalité, elle avait une influence, des idées, une façon de nous aider les uns les autres. Elle est aussi l'une plus grandes car pour qu'un homme puisse devenir un grand homme, il a besoin d'une grande femme à ses côtés. »

Devant la maison de la famille, on retrouve les membres de la Ligue des Femmes de l'ANC que Winnie Mandela avait dirigé à l'époque, avec à leur tête Bathabile Dlamini. « Elle n'était pas du genre à flancher. Lorsqu'elle prenait une décision, elle l'a suivait jusqu'au bout ! C'était une meneuse, elle montrait l'exemple. »

Elle laissera donc cette fierté aux yeux des femmes sud-africaines, comme Fortunate. « C'est la plus grande personnalité d'Afrique du Sud. C'est quelqu'un que nous admirons. Quelqu'un qui s'est battu pour son pays et pour nous, son peuple. Quelqu'un qui a toujours été là et qui a fait l'Histoire. »

Denis Goldberg est l’une des neuf personnes à avoir été condamné à la prison à vie auprès de Nelson Mandela en 1964. Agé aujourd’hui 83 ans, il rappelle la lutte de cette femme : « Les arrestations, la détention, la séparation et surtout la brutalité avec laquelle elle a été traitée. Quand elle a été arrêtée, elle a dû laisser ses enfants à sa famille, ça a été très dur pour elle. Et puis elle a été interrogée jour après jour. Elle a été emprisonnée pendant 491 jours, ça l'a durci, ça l'a rendu amer et c'est très dur de s'en remettre. Je le sais d'expérience, j'ai été arrêté en même temps que Nelson Mandela et j'ai passé vingt-deux ans en prison. Nelson Mandela est arrivé à s'en remettre plus facilement qu'elle. A eux deux, ils représentaient le plus remarquable chez l'être humain mais également les faiblesses des gens qui tentaient de survivre contre un régime très brutal. Elle a commis des erreurs, mais on n'est pas des machines. Sous la pression du moment, on fait des fautes, mais c'est la capacité de se relever que j'admire le plus chez elle. »

Pour les Noirs sud-africains, ce ne sont sûrement pas ses scandales qui passeront à la postérité, mais bien ses sacrifices. Il n’y a donc pas de grande foule, pas de grande marche populaire. Les Sud-Africains, eux, sont restés discrets aujourd’hui. Ils attendent peut-être ses funérailles nationales le 14 avril.

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