Migrants africains en Israël: Benyamin Netanyahu, machine arrière toute

Manifestation de soutien aux migrants africains à Jérusalem ce mardi 3 avril 2018 après que Benyamin Netanyahu ait fait volte face sur son plan de réinstallation des migrants africains sous l'égide de l'ONU.
© REUTERS/Ammar Awad

C'est un revirement total de Benyamin Netanyahu en moins de 24 heures. Hier lundi, le Premier ministre israélien avait annoncé la conclusion d'un accord avec le HCR, le Haut commissariat de l'ONU pour les Réfugiés, sur le sort des près de 40 000 Erythréens et Soudanais entrés illégalement en Israël. Un peu plus de 16 000 devaient être réinstallés dans des pays occidentaux et au moins autant devaient recevoir le statut de réfugié en Israël. Mais sous le feu des critiques d'une partie de sa coalition, il a décidé dans la soirée de suspendre cet accord... Et ce mardi matin, après avoir reçu des représentants d'organisations réclamant l'expulsion de cette population étrangère, Benyamin Netanyahu a décidé d'annuler purement et simplement cet accord.

avec notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil

C'était déjà sous le feu des critiques de l'aile la plus à droite de son gouvernement - y compris de membres de son propre parti - que Benyamin Netanyahu avait décidé hier soir de suspendre cet accord, à peine plus de six heures après l'avoir annoncé. Et c'est encore sous la pression de ces mêmes partenaires de coalition qu'il a décidé d'annuler entièrement ce compromis négocié avec le HCR. Ce mardi matin, le ministre de l'Education, chef du parti nationaliste religieux Le Foyer Juif, réclamait l'abandon total de ce projet.

Après une rencontre avec les représentants des résidents du Sud de Tel Aviv opposés à la présence des Erythréens et Soudanais dans leurs quartiers, le Premier ministre a finalement cédé totalement à ces revendications. Lui qui est mis en cause dans plusieurs affaires de corruption et qui risque une mise en examen est affaibli politiquement. Il ne peut se permettre de froisser une partie de son électorat.

Un revirement que Benyamin Netanyahu justifie sur son compte Facebook: « chaque année, je dois prendre des milliers de décisions pour l'Etat et les citoyens d'Israël. De temps en temps, une décision doit être repensée», écrit-il. Mais le Premier ministre est désormais sous le feu des critiques de son opposition qui voit dans son revirement une faiblesse et une incapacité à prendre des décisions importantes.

Que vont devenir ces migrants ?

Ce recul du Premier ministre est un retour en arrière. Benyamin Netanyahu enterre ce plan qui prévoyait le départ de plus de 16.000 de ces migrants vers des pays occidentaux. Mais il reconnaissait lui-même hier que le plan précédent qui visait à expulser vers des pays tiers en Afrique ces ressortissants érythréens et soudanais ne pouvait être mené. Il accusait une organisation juive et l'Union européenne d'avoir fait pression sur le Rwanda pour qu'il dénonce l'accord conclu avec le gouvernement israélien.

Et en désignant nommément le Rwanda, qui a toujours réfuté être impliqué dans ces projets israéliens, Benyamin Netanyahu s'est attiré les foudres de Kigali. Un officiel rwandais assurait à la radio nationale israélienne ce matin qu'ils « répondront prochainement à ces affirmations ». Toute expulsion vers le Rwanda semble donc plus que jamais compromise.

L'espoir de Testazgi Asgodom, érythréen

Aussi, malgré ce revirement de situation, les événements de ces deux derniers jours ont-ils un petit goût de victoire pour les migrants concernés. Entre l'annonce d'un accord avec le HCR et celle de sa suspension puis de son annulation, Testazgi Asgodom ne cache pas une certaine confusion. Mais pour cet Erythréen vivant en Israël depuis six ans, il y a tout de même une bonne nouvelle : « Pour le moment, les expulsions prévues ont été annulées. C'est un premier pas. »

Comme la très grande majorité des personnes visées par le plan d'expulsion du gouvernement, Testazgi Asgodom refusait de partir au Rwanda qui lui était présenté comme son futur pays d'accueil. Il préférait aller en prison pour une période indéterminée. Mais s'il refusait le départ dans le cadre du premier plan, il se dit prêt à l'étudier dans le cadre de l'accord passé avec le HCR. « Peu importe le pays ou le continent. Nous voulons juste un pays qui est sûr et qui applique la Convention sur les réfugiés. Donc c'est un bon accord. »

Mais c'est sous la pression de la frange la plus à droite du gouvernement que cet accord a été annulé. Elle veut une expulsion de tous ceux qu'elle qualifie d'« infiltrés ». « Nous avons vu ces derniers mois beaucoup de pression en Israël et sur la scène internationale. Et je ne pense pas qu'ils peuvent expulser de force les réfugiés vers un autre pays. Donc je ne pense pas que cela se produira. »

Testazgi Asgodom aimerait que le gouvernement israélien reprenne les discussions avec le HCR.

à (ré)écouterIsraël et la délicate question des migrants

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