L’ex-président sud-africain Jacob Zuma devant la justice pour corruption

(Photo d'illustration) L'ex-président sud-africain Jacob Zuma à son arrivée au domicile de Winnie Mandela à Soweto, le 4 avril 2018.
© REUTERS/Siphiwe Sibeko

Jacob Zuma comparait ce vendredi 6 avril devant un tribunal de Durban pour répondre d’accusations de corruption, fraude et blanchiment d’argent. Il s’agit d’une première comparution dans une vieille affaire de vente d’armes qui remonte aux années 1990.

L'ex-président sud-africain est accusé d’avoir touché des pots-de-vin de Thomson CSF – l'ancien nom de la société Thalès – dans le cadre d’un contrat d’armement de près de 4 milliards d’euros conclu en 1999.

A l’époque, Jacob Zuma est vice-président du pays. Il est accusé d’avoir perçu l'équivalent de 280 000 euros du groupe français. En échange, il se serait engagé à faire du lobbying en sa faveur.

Au total l’Afrique du Sud a décidé de dépenser plus de 10 milliards de dollars pour renouveler son armement. Des armes dont le pays n’avait pas vraiment besoin et qui sont à peine utilisées aujourd’hui. Mais la principale raison, c’est que plus de 300 millions de dollars de pots-de-vin ont été payés lors de ces contrats.
Andrew Feinstein, député de l'ANC en 1999 et membre d’une commission parlementaire qui a enquêté sur cette affaire
05-04-2018 - Par Alexandra Brangeon

L’argent est négocié via un intermédiaire, Shabir Sheik, le conseiller financier de Jacob Zuma. Les preuves sont nombreuses et solides, notamment un fax codé envoyé par Alain Têtard, le directeur local de Thalès, confirmant que l’argent sera déposé dans tel compte, à telle date en échange des services rendus par Jacob Zuma.

En 2005, les deux hommes sont inculpés pour corruption, mais seul Shabir Sheik sera condamné à 15 ans de prison. Les chefs d’inculpation contre Jacob Zuma sont abandonnés à plusieurs reprises, notamment à la veille de son élection à la présidence pour vice de procédure.

Rebondissements

Pendant 10 ans, l’opposition se bat pour obtenir la réouverture du dossier. Il y a deux ans, elle obtient gain de cause auprès de la plus haute autorité du pays. Et le procureur de la République – qui a pourtant trainé des pieds – n’a d’autre choix que de réinstaurer ces chefs d’inculpation : 16 au total, pour corruption, fraude et racket.

Aujourd’hui Jacob Zuma risque gros. Il n’est plus le président de la République et ne bénéficie plus d’un soutien aussi important. Et surtout, selon ceux qui suivent le dossier, les preuves sont accablantes.

Près de 10 ans après sa dernière comparution, de nouveaux témoignages pourraient en effet mettre en difficulté l’ancien président sud-africain et par ricochet la société Thalès. Appelée aussi à comparaître devant la justice sud-africaine dans le rôle d’accusé, l'entreprise française refuse de commenter « une affaire en cours », alors que Jacob Zuma a toujours clamé son innocence. L’audience qui s’ouvre ce vendredi à Durban devrait être de pure forme, pour un procès qui risque d’être long, selon des juristes.

Enfin, l’un des autres enjeux à l’ouverture de ce procès concerne les frais juridiques de jacob Zuma. L’opposition demande à ce qu’il rembourse tous les frais payés par l’Etat depuis 2009, des frais juridiques évalués à plus d’un million d’euros.

Je suis venu pour soutenir l'un des meilleurs présidents que l'Afrique du Sud ait eu. Il a fait énormément de choses pour les Noirs sud-africains. Plus que n'importe quel autre président.
Manifestation en soutien à Jacob Zuma à Durban
05-04-2018 - Par RFI

 → A (RE)LIRE : Afrique du Sud: Jacob Zuma, 20 ans d’affaires

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