Offensive diplomatique du Maroc sur le Sahara occidental

Grande offensive de communication du gouvernement marocain au Sahara occidental le 9 avril à 3 semaines du débat aux Nations unies.
© REUTERS/Youssef Boudlal

Le Maroc en parade, à Laâyoune, ancienne capitale du Sahara occidental. Les autorités ont organisé lundi 9 avril une grande journée patriotique pour «défendre l'intégrité territoriale du royaume». Chefs de partis politiques, responsables locaux et régionaux et chefs de tribus ont défilé pour faire allégeance au roi Mohammed VI. Un appel a été signé par l'ensemble des partis politiques marocains pour dénoncer les incursions à répétitions de troupes du Polisario dans la zone tampon. Des mouvements qui remettent en question selon Rabat les accords de cessez-le-feu signés en 1991.

Regalvaniser l’opinion en faveur de la cause dite nationale… Chefs de partis, notables sahraouis, responsables régionaux, soit près d’un millier de personnes étaient réunies au Palais des congrès de la place el-Mechouar de Laâyoune, avec en chef de cérémonie Saad Eddine el-Othmani, un Premier ministre venu sous la casquette de chef du Parti de la Justice et du Développement. « Les anciens combattants, les notables du Sahara… Ils étaient tous présents quand on a signé ce mémorandum, qui stipule l’unanimité du peuple marocain derrière Sa Majesté, pour défendre l’intégrité territoriale et dire qu’on refuse totalement toute manipulation des séparatistes contre le Maroc… »

Un message de fermeté marocain, avec en toile de fond la voie ouverte à une opération militaire, si les incursions se poursuivent dans la zone tampon.

La députée de l’opposition Fatima Zahra Mansouri, membre du Bureau politique du PAM, Parti Authenticité et Modernité, renchérit. « Nous n’accepterons pas de changement de statut ou de changement juridique. Parce que nous voyons bien ce que le Front Polisario essaie de faire, c’est passer d’une volonté de faire valoir son existence à une guerre des frontières. Or, il n’y a pas de guerre de frontières. Ceci est le sol marocain, il n’y a pas de relecture possible sur cet état de fait ».

Cet appel symbolique intervient à moins de trois semaines des débats à l’ONU sur le renouvellement de la Minurso, la force onusienne en charge du maintien du cessez-le-feu entre le Polisario et le Maroc. Le Sahara occidental est le seul territoire d'Afrique dont le statut n'a pas été réglé depuis la décolonisation. Le Maroc en contrôle 80%, le reste est administré par le Front polisario qui réclame l'intégralité du pays au moyen d'un référendum d'autodertermination.

Pour le Polisario, ce rassemblement est juste de la « mise en scène »

Pour Oubi Bouchraïa Bachir, représentant du Front Polisario à Paris, la manifestation de lundi n'est qu'une mascarade organisée par un Maroc de plus en plus isolé, sur cette question, sur la scène internationale. « Quand les autorités marocaines commencent à sentir une pression forte de la part des Nations unies, elles commencent des actions orchestrées, comme [celle de] Laâyoune occupée, qui démontre une fois de plus le manque de volonté politique du gouvernement marocain pour coopérer avec les Nations unies à décoloniser le territoire du Sahara occidental ».

Un dossier source de tensions pour le Maroc sur la scène internationale, rappelle Oubi Bouchraïa Bachir. « Donc, le Maroc ayant des problèmes avec l’Union africaine après la dernière décision du sommet d’Addis-Abeba en janvier, avec la décision de la Cour de justice européenne concernant les accords de pêche entre l’Union européenne et le Maroc, le Maroc a recours à ce genre de mises en scènes qui sont habituelles. On se souvient toujours des marches gigantesques qui étaient organisées contre Ban Ki-moon en mars 2016, après sa visite dans la région.

Pour nous, le Polisario est un non-événement par excellence. Ce que le Maroc craint aujourd’hui le plus, c’est le référendum d’autodétermination, parce que le résultat est connu: les Sahraouis voteront d’une façon massive pour l’indépendance ».