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RCA

RCA: la tension au PK5 de Bangui fait planer le spectre d’un conflit communautaire

Un contingent portugais de la Minusca qui a mené une attaque contre le groupe d'autodéfense du PK5, un quartier de Bangui à majorité musulmane, le 8 avril 2018.
© FLORENT VERGNES / AFP

En RCA, deux jours après l’opération de la Minusca visant à désarmer et arrêter les chefs des groupes d’autodéfense du PK5 de Bangui, le quartier est toujours isolé. La Mission de l’ONU en RCA ne peut toujours pas y rentrer. Le poumon économique de Bangui a fermé boutique, ce lundi, et cette tension fait craindre un retour d’un conflit communautaire.

Des barricades, des vestiges de pneus calcinés, des hommes en armes partout. Ce sont les seuls, ou presque, qui se déplacent dans le quartier. Et montent la garde à la sortie de l'avenue Boganda, l'axe principal qui mène au centre-ville de Bangui.

De nombreuses boutiques sont toujours criblées d'impacts de balle après l'opération du week-end. Ce qui met en rage Bensaïr, un commerçant du PK5 : « Pourquoi ils sont venus tirer sur ma boutique ? C'est devenu un problème de religion, alors que ce n’est pas ça. Ils sont venus prendre quelqu'un, mais il est là-bas ».

Dans une rue perpendiculaire à l'avenue Koudoukou, habituellement pleine de vie, se trouve le QG du général Force. Depuis plusieurs semaines, il se livre à un bras de fer avec la Minusca qui, à la demande des commerçants du quartier, a décidé de le désarmer.

Ce que refuse le chef de guerre : « Pour nous désarmer, il y a une condition, on ne peut pas désarmer quelqu'un comme ça, comme un animal. Il faut d'abord désarmer tous les arrondissements de Bangui avant de désarmer le quartier ».

Dans ce quartier fantôme, des graffitis « Non à Touadéra et à son gouvernement anti-balaka » surgissent parfois. Une manière pour les habitants du Kilomètre 5 de montrer leur défiance face à l'exécutif, comme le déplore Adef : « Les forces de défense et de sécurité ne sont pas partiales, ils sont venus contre les musulmans. C'est ce que nous avons constaté et ça n'a pas marché ».

Cette tension se traduit aussi par des prises de position politico-militaires. Le FPRC, la principale faction de l'ex-Seleka a d'ores et déjà mis en garde le gouvernement accusé de remettre en cause l'initiative pour la paix emmenée par l'Union africaine.


■ Discours rassurant du Premier ministre

Lors d'un point de presse, le Premier ministre centrafricain, Mathieu Simplice Sarandji, s'est exprimé sur les évènements de ce week-end. Il a voulu se montrer rassurant. C'est en milieu d'après-midi que Mathieu Simplice Sarandji s'est rendu dans les locaux de la radio nationale pour s'exprimer. Lors d'une courte allocution de quatre minutes, il a martelé sa volonté d'en finir avec les groupes armés du PK5.

Peu après cette conférence, un certain Koyla a été interpellé par l'Organe centrafricain de répression du banditisme. Mais le général Force, le plus influent du PK5, était toujours lundi soir dans son QG.

Le Premier ministre est également revenu sur l'attaque de la nuit de dimanche à lundi contre une base de la Minusca, située à côté de la résidence du président Touadéra.

Selon nos informations, les assaillants feraient partie de l'ex-Seleka, bien que le Premier ministre affirme ne pas connaître l'identité des agresseurs. Mais il appelle la population à prêter main-forte aux autorités : « Je demande à tout citoyen de bonne foi de contacter les forces de défenses et de sécurité pour donner toute information et comportement jugés insolites susceptibles de porter atteinte à la paix civile ».

A partir de mercredi, Jean-Pierre Lacroix, le patron des casques bleus et Smaïl Chergui, le commissaire paix et sécurité de l'Union africaine, mèneront une visite conjointe à Bangui. L'occasion, pour l'exécutif centrafricain de recevoir un appui de taille, en ces temps confus.

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