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Gambie

Gambie: les victimes de la répression d'avril 2000 frustrés par le nouveau régime

Le président gambien Adama Barrow lors du grand rassemblement organisé à Banjul, le 2 décembre 2017, pour célébrer les un an de l'élection présidentielle qui a vu la défaite de Yahya Jammeh.
© RFI/Claire Bargelès

En Gambie, il y a dix-huit ans, des étudiants ont manifesté dans les rues à la suite de la mort d'un lycéen tué par des pompiers et le viol présumé d'une fillette par les forces de sécurité. Depuis, les dates des 10 et 11 avril restent gravées dans les mémoires : 14 jeunes sont morts ces jours-là, sous les balles des forces de l'ordre.Depuis le départ de Yahya Jammeh, les familles des victimes et les rescapés peuvent enfin commémorer ce drame. Une conférence était organisée mercredi pour que chacun puisse s'exprimer sur ces événements. Mais tous attendent que le nouveau gouvernement soit davantage impliqué.

Sainey Senghor avait 18 ans lorsqu'il est sorti manifester avec les autres étudiants de sa classe. Depuis ce jour, il est handicapé et se déplace grâce à des béquilles : « On a été interceptés par des soldats. Ils ont commencé à nous tirer dessus. Et j'ai été touché à la jambe. »

Sainey espère que la Commission Vérité et Réconciliation, prévue d'ici la fin de l'année, établira clairement ce qui s'est passé : « On veut que tout soit défini clairement, ce qui s'est passé, qui a donné l'ordre de tirer. Pour l'instant, c'est dur de tourner la page et aller de l'avant. »

Mais les victimes commencent à perdre patience, à l'image d'Abdou Karim Jammeh, lui aussi touché par balle à la jambe il y a dix-huit ans : « Je me sens trahi par le nouveau gouvernement. On avait de l'espoir, on pensait qu'ils allaient faire quelque chose pour nous. Et l'ambassade de Turquie nous a offert des visas et des soins gratuits dans leur pays, notre gouvernement avait juste à nous payer les billets d'avion. Et depuis, rien, on continue à leur demander ce qui se passe. »

Pour la députée du Parti populaire progressiste (PPP), Fatoumatta Njai, il faut aussi agir contre la loi créée en 2001 et qui protège les forces de l'ordre contre les poursuites : « Malheureusement, j'espérais que des représentants du gouvernement soient présents. Je pense que cette loi sur l'indemnisation (Indemnity Act) instaure l'impunité. Comment peut-on protéger un criminel ? On ne peut pas leur donner le droit de tuer leur propre peuple et ensuite les protéger de leurs actions. »

Les victimes souhaitent également qu'un mémorial soit installé dans la ville, pour que ces violences ne soient jamais oubliées.

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