LRA: le passé de Dominic Ongwen, ex-enfant soldat, examiné à la CPI

L'ancien chef de la LRA, Dominic Ongwen, lors de l'audience du 6 décembre 2016 à La Haye.
© REUTERS/Peter Dejong/Pool

Un ex-enfant soldat peut-il être jugé légalement responsable des crimes qu'il a commis ? C'est la question centrale du procès de l'ancien n°2 de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) devant la Cour pénale internationale. Dominic Ongwen a lui-même été victime de cette rébellion sanguinaire, enlevé sur le chemin de l'école à l'âge de 10 ou 12 ans. Et c'est à cette question clef de responsabilité que l'accusation veut, une nouvelle fois, répondre ce mercredi alors qu'elle présente son dernier témoin à la barre.

Devant les juges et devant Dominic Ongwen, un psychiatre est présenté comme un témoin clef par l'accusation. Le choix de terminer par son témoignage n'a rien d'innocent. L'objectif est d’éclairer une bonne fois pour toutes cette question centrale de l'affaire : Dominic Ongwen peut-il être considéré comme légalement responsable des crimes commis alors qu'il a d'abord été victime ?

Dès l'ouverture du procès, la procureure Fatou Bensouda avait voulu déminer cette question épineuse : « Avoir souffert et avoir été une victime dans le passé n'est pas une excuse pour commettre des crimes à nouveau », avait-elle déclaré en décembre 2016. Alors que l'accusation clôture son argumentaire vendredi, ce psychiatre est censé apporter un éclairage médical crucial aux juges.

En effet, la question est centrale d’abord pour une raison légale, car la défense l’a déjà dit : elle compte plaider l’absence de responsabilité de Dominic Ongwen du fait des traumatismes qu’il a subis. Elle compte notamment utiliser l’article 31 du texte qui régit la Cour pénale internationale. Dans cet article, il est dit qu’une personne souffrant « d'une maladie ou d'une déficience mentale qui la privait de la faculté de comprendre le caractère délictueux ou la nature de son comportement, ou de maîtriser celui-ci pour le conformer aux exigences de la loi » au moment des faits peut être exonérée de la responsabilité pénale.

Pas de trouble majeur du comportement

L’enjeu du point de vue du droit est important, mais aussi du point de vue moral bien sûr. Car la Cour pénale internationale n’a jamais été confrontée à un tel cas. Dominic Ongwen est le premier ex-enfant soldat à être jugé devant la Cour pénale internationale. Le verdict, quel qu'il soit, fera jurisprudence.

Le médecin Roland Weierstall n'a jamais rencontré ou interviewé Dominic Ongwen, ont déjà mis en garde les avocats chargés de le défendre. L'accusation de son côté rappelle que Dominic Ongwen a systématiquement refusé que les experts médicaux de l'équipe du procureur le rencontrent. Ce professeur de psychologie clinique, spécialisé dans les questions de troubles du comportement dans les zones de conflits, se base donc essentiellement sur trois rapports médicaux que les avocats de la défense lui ont fournis. Mais aussi sur des extraits des témoignages faits devant la cour et une interview filmée de Dominic Ongwen lorsqu’il s’est rendu.

Pendant plus de quatre heures, Roland Weierstall s’est donc attaché à démonter les diagnostics émis par la défense de Dominic Ongwen. « J’étais très surpris, dit-il, de voir que Dominic Ongwen fait état de huit tentatives de suicide, car quand vous êtes face à quelqu’un qui souffre de dépression sévère et a un désir de suicide, en général il parvient à se suicider. C'est très difficile de l'en empêcher. »

Sa conclusion est que Dominic Ongwen a été exposé à des évènements traumatisants, mais son comportement durant toutes ces années au sein de la LRA, le fait qu’il ne rechigne pas à aller au combat et à y retourner ensuite, qu’il monte en grade, qu’il fait preuve aussi de compassion et de sens moral auprès des combattants, montre, d’après ce psychiatre, que Dominic Ongwen s’est adapté à cet environnement violent sans développer de trouble majeur du comportement. Il était en mesure de distinguer le bien du mal et de comprendre qu’il commettait des crimes.

Même conclusion pour le syndrôme de stress post-traumatique auquel a conclu le rapport de trois experts médicaux choisis par la défense. Pour Roland Weierstall, il est impossible de confirmer ce diagnostique. « Dans l’armée, si quelqu’un qui souffre de stress post-traumatique, on ne l’envoie pas au front parce qu’il va faire des erreurs, il n’est pas capable de suivre des ordres, pas capable de tenir une arme à cause des symptomes d’anxiété, le tremblement des mains. Or les témoignages disent que M. Ongwen était un bon combattant », argumente le médecin.

Cela ne veut pas dire qu’il ne lui reste pas des traumatismes aujourd’hui de cette période, mais s’il avait développé une dépression ou un état de stress post-traumatique comme le dit sa défense, son comportement aurait été beaucoup plus altéré. En clair, il n’aurait pas été en mesure d’être un si bon combattant et de survivre toutes ces années.

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