Sénégal: des exilés mauritaniens réclament le droit de rentrer chez eux

Un premier groupe de 102 réfugiés mauritaniens sur le chemin du retour à la maison, en 2008.
© © Manon Rivière/RFI

Au Sénégal, près de 30 ans après leur déportation, les réfugiés mauritaniens continuent de demander le droit de rentrer au pays. Estimés par leurs représentants à environ 35 000 hommes, femmes et enfants, ils ont commémoré cette semaine les événements de 1989, lorsqu'en plein différend sénégalo-mauritanien, Nouakchott profite du chaos général pour déporter environ 60 000 de ses propres citoyens vers le Sénégal et le Mali.

Dans un an, le Mauritanien Aldiouma Cissokho aura bouclé 30 années passées sur le territoire sénégalais. Mais il ne se sent pas plus citoyen du Sénégal que ce 7 mai 1989, date à laquelle l'ancien fonctionnaire de l'administration maritime est déporté vers le Sénégal par avion, en même temps que des dizaines de milliers d'autres Mauritaniens originaires comme lui du sud du pays.

« On nous accusait d'être des Sénégalais venus chercher du travail, alors que ma mère et mon père sont Mauritaniens. Donc c'était une aberration. Ce qu'il fallait c'est casser du Noir, il fallait vraiment dégarnir la population négro-mauritanienne », explique-t-il.

Aldiouma Cissokho est le coordinateur des organisations de réfugiés mauritaniens au Sénégal. De 1992 à 2008, des groupes de réfugiés ont commencé à rentrer dans leurs villages mauritaniens.

Mais les conditions de retour de ces rapatriés ont dissuadé Aldiouma Cissokho et plusieurs milliers d'autres Mauritaniens de rentrer chez eux avant de poser le pied dans leur pays, ils veulent être certains qu'ils pourront notamment récupérer leurs terres. « Et qu'il y ait remboursement des dommages que les gens ont eus à subir et surtout qu'il y ait justice parce qu'il y a des gens que l'on connaît qui sont des bourreaux », poursuit Aldiouma Cissokho.

Depuis fin 2016, les papiers de ces Mauritaniens en exil forcé au Sénégal sont arrivés à expiration. Voyage, travail, études : leur statut d'apatride les condamne à vivre au ban de la société sénégalaise. Tout en refusant d'acquérir la nationalité de leur pays d'exil, ils réclament de véritables pièces d'identification et la fin du silence qui entoure leur existence au Sénégal.