Discours de fermeté du président malgache après des violences meurtrières

Discours du président malgache Hery Rajaonarimampianina au lendemain d'une manifestation meurtrière.
© RIJASOLO / AFP

Au lendemain d'affrontements entre manifestants et forces de l'ordre à Antananarivo, la journée de dimanche 22 avril a été calme dans la capitale malgache. Dans la matinée, le centre-ville était quadrillé par la police, empêchant le rassemblement prévu pour rendre hommage aux victimes de la manifestation qui a fait trois morts samedi selon des sources hospitalières. En fin de journée, le président Hery Rajaonarimampianina s'est adressé à la nation.

Les premiers mots du président de la République de Madagascar ont été pour les victimes de la manifestation de samedi 21 avril.

Il a ensuite fait un discours en trois temps. Aux « fauteurs de trouble », il lance un avertissement : « Madagascar n'a pas besoin d'une nouvelle crise ». Il a ensuite enjoint l'armée « à prendre ses responsabilités ». Enfin, aux journalistes « dont la profession est sacrée », a-t-il précisé, il recommande la méfiance face à la manipulation politique.

Dans des termes très généraux et sans aucune annonce, Hery Rajaonarimampianina a surtout joué son plus grand atout : la stabilité de la République malgache depuis son élection en 2013.

Ce qui s'est passé samedi dernier correspond tout bonnement à un coup d'Etat ! Madagascar est un Etat de droit. De ce fait, je lance un avertissement aux fauteurs de troubles, aux provocateurs, qui n’ont pour but que de faire couler le sang. L'Etat malgache va prendre les dispositions nécessaires. J’invite les forces de l’ordre à prendre leurs responsabilités pour défendre cet Etat de droit et la démocratie et ainsi faire leur devoir de protéger les civils et leurs biens.
Hery Rajaonarimampianina
23-04-2018 - Par Laure Verneau

Quoi qu'il en soit, si le chef de l'Etat a joué la carte de l'apaisement, il s'est montré hermétique à tout dialogue, contrairement au Premier ministre Olivier Mahafaly et au président du Sénat et chef du HVM, le parti présidentiel, Rivo Rakotovao. « Les lois, ca n'se négocie pas, il faut respecter la république », a réagi ce dernier. « Une négociation avec le Premier ministre ? Peut-être, je ne sais pas, mais moi je ne suis pas au courant », a-t-il toutefois ajouté.

Les lois électorales, élément déclencheur de la manifestation, n'ont même pas été évoquées. Le président de la République tient donc sa position, alors que les manifestations doivent reprendre ce lundi matin vers 10h.

Pendant des mois, l’opposition s’est opposée vigoureusement à l’adoption des lois électorales. Sur la réalisation technique d’abord, elle a dénoncé, entre autres, le durcissement des procédures de révision des listes, jugées beaucoup trop lourdes et beaucoup trop coûteuses.

Sur le fond, certaines dispositions ont par ailleurs été jugées inconstitutionnelles. Le délai de campagne électorale a par exemple été raccourci à sept jours avec la nouvelle loi. Or, les députés de l’opposition estiment qu’il est impossible de faire campagne en si peu de temps.

Si des dispositions sont jugées non conformes à la Constitution, certains articles de la loi qui pénalisent, toujours selon les députés, leurs deux candidats à la présidentielle issus du Mapar et du TIM (« Tiako i Madagasikara », « J'aime Madagascar »), à savoir Marc Ravalomanana et Andry Rajoelina.

Le vote controversé des lois électorales à l’Assemblée nationale est l'élément qui a mis le feu aux poudres. Au bout de six heures de débat, 79 ont voté pour sur 151 députés.

Les représentants de l’opposition ont alors quitté la séance après avoir brandi des pancartes où on pouvait lire : « Stop à la corruption ». Ils accusent le gouvernement d’avoir acheté une partie de leurs collègues en leur versant plusieurs millions d’ariarys.

Les députés du Mapar et du TIM sont donc descendus dans la rue pour dénoncer le vote des textes de loi controversées et les conditions dans lesquelles elles ont été adoptées et comptent continuer à manifester jusqu’à la démission du président de la République.

Les yeux sont rivés sur l'armée

« Le Premier ministre, hier, a prôné le dialogue ; ce soir, le président fait une menace à peine voilée, c'n'est pas ce que nous attendions, [...] ça n'arrange pas les choses », a réagi Hanitra Razafimanantsoa, la porte-parole des députés de l'opposition, qui ne cache pas son amertume après le discours à la nation. « Le président doit répondre aux demandes de la population. Hier, la population a demandé la démission du président de la République, que la violence de la part des forces armées s'arrête que les problème sociaux s'arrêtent, et aujourd'hui ce n'est pas le discours qu'on attendait, ce n'est pas digne d'un président. Un président fait un discours d'apaisement, de réconciliation, mais tout ça, on n'a rien. Le président n'écoute pas la population, les députés, il n'écoute personne ! »

Depuis samedi, des rumeurs de tractations secrètes circulent. A la question « l'opposition est-elle en train de négocier un accord avec le pouvoir ? », le député Mapar Hawel Mamod'Ali répond du tac au tac : « c'est le pouvoir qui négocie avec nous. Du coup, ajoute le député, si des négociations doivent se faire, c'est sur la base de ces lois. »

Par ailleurs, on connait le rôle important qu'a joué l'armée en période électorale dans le passé. Hier, les policiers ont été les premiers à quitter la place de l'Indépendance ; ils ont aussi été les premiers à battre en retraite lors des affrontements avec la population samedi. Etonnante, aussi, cette déclaration de pacte de non-agression prononcée de concert entre l'opposition et le numéro 2 des forces d'intervention de la gendarmerie, samedi après-midi.

Les yeux seront désormais rivés sur la Grande Muette. Le président leur a d'ailleurs adressé un message hier soir, sous forme de recadrage, en leur rappelant leur devoir.

Enfin, la société civile aussi entend passer ses messages. Mireille Rakotohery, présidente nationale d'Oscar, l'organisation la société civile en action pour la refondation et et Harytiana Ralevason, coordinateur national de Chocqe, le Comité national d'harmonisation des organisations civiles pour la qualité des élections, sont passés dans l'après-midi sur le parvis de l'Hôtel de Ville. Ils dénoncent l'hypocrisie d'un gouvernement qui avait lancé dès 2016 une grande consultation nationale pour la rédaction de ces textes. Aucun des articles ou amendements proposés par la société civile n'ont été repris dans les textes présentés au Parlement.

Les députés ont raison de réclamer les vraies lois qu'on a proposées
«On est trahis!»
23-04-2018 - Par Sarah Tétaud

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