Tensions à Madagascar: nouvelle mobilisation, l'opposition se fédère

(Photo d'illustration) Manifestation d'opposition aux nouvelles lois électorales, ici le 22 avril 2018 dans une rue d'Antananarivo.
© RIJASOLO / AFP

La mobilisation ne faiblit pas à Madagascar. Après une manifestation durement réprimée par les autorités, qui avait fait trois morts et une vingtaine de blessés le 21 avril, les manifestants ont à nouveau exprimé leur colère ce lundi 23 avril à Antananarivo, la capitale. Le dialogue se poursuit en coulisse, mais aucun terrain d'entente ne semble en vue. L'opposition est déterminée à ne rien lâcher.

En plein après-midi, la place du 13-Mai au centre-ville d’Antananarivo était noire de monde. Simples passants ou militants, tous étaient au rendez-vous pour acclamer la venue d’Andry Rajoelina puis, un peu plus tard, celle de Marc Ravalomanana. Les deux anciens chefs de l’Etat, issus de l’opposition, ne se sont pas présentés en même temps devant l’Hôtel de Ville, mais tous deux ont eu droit à leur bain de foule, le premier depuis 2014 pour Andry Rajoelina

Le chef du Mapar a exclu dès le début tout discours engagé, préférant rendre hommage aux victimes. « Il est inacceptable de s'entretuer entre nous. Même si les Malgaches ont faim, les zébus vivants ne sont pas à croquer. L'eau qui bout ne se boit pas. On ne peut accepter d'utiliser la force contre nos frères mêmes s'ils se révoltent », a-t-il déclarer.

Marc Ravalomanana a en revanche fait une allocution beaucoup plus politique. Il a appelé « les responsables religieux à interpeller les gens qui ne voient pas ce qui se passe, afin de travailler à une sortie de crise rapide. Nul n’est plus fort que le peuple réuni ». L’ex-chef de l’Etat avait ramené avec lui du café, du riz et d’autres denrées de première nécessité pour les participants à la veillée des corps des victimes, ce lundi soir, comme le veut la coutume malgache.

Dans la matinée, les élus d’opposition ont annoncé leur intention de former une large coalition, appelée « Les députés pour le changement ». Elle rassemble sous une même bannière les deux anciens ennemis, Marc Ravalomanana, le chef du TIM (« Tiako I Madagasikara », « J'aime Madagascar ») et Andry Rajoelina, à la tête du Mapar. Pas moins de 73 députés de l’opposition vêtus de blanc, debout sur une estrade, ont harangué la foule sous un soleil de plomb au son de chants traditionnels. Recouverts du drapeau malgache et parsemés de fleurs, les cercueils étaient disposés à l’arrière de la tribune.

La demi-journée s’est déroulée dans le calme. En début de matinée, le préfet d’Antananarivo a déclaré, lors d'une conférence de presse, qu’il refuserait désormais d’utiliser les forces armées contre la population. Policiers et gendarmes seront réquisitionnés pour simplement sécuriser les sites commerciaux et pour éviter les pillages, a-t-il ajouté.

A 11h, le ministre de la Défense a prononcé une courte allocution qui allait dans le même sens. Il refuse, lui aussi, de réprimer les manifestations et souhaite que les hommes politiques « trouvent un accord au plus vite ».

L'opposition continue de réclamer la démission du chef de l’Etat

La question de l'entente entre les deux partis autrefois ennemis n’a pas été abordée. Il s'agit toutefois d'une annonce très symbolique de l’opposition. Hier soir, à la Télévision nationale malgache, le président de la République, Hery Rajaonarimampianina, a montré qu’il ne céderait pas un pouce de terrain sur les lois électorales.

L’opposition, elle, affirme ne plus vouloir négocier car le dialogue est rompu. « Après la mort, le médecin. Ça ne sert à rien de négocier après ce qu’il s’est passé », a déclaré le député Mapar Hawel Mamodali.

En revanche, une source proche du dossier déclare que les tractations sont toujours en cours. Quand les députés de l’opposition continuent eux de réclamer la démission du chef de l’Etat et de son gouvernement.

Si la communication semble tendre vers l’escalade entre le gouvernement et les députés TIM et Mapar, l’environnement lui, se détend peu à peu, en tout cas pour le moment. Le préfet d’Antananarivo et le ministre de la Défense ont annoncé ne plus recourir aux forces armées pour réprimer la population, seulement pour protéger les commerces des pillages.

L’armée dans un communiqué a elle aussi joué la carte de la raison en appelant à une solution politique commune. Mais elle a aussi mis en garde : jamais elle n’acceptera un Etat qui n’est pas issu d’une élection.

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