Concessions portuaires en Afrique: Vincent Bolloré reste en garde à vue

Le milliardaire Vincent Bolloré, président du groupe Bolloré, pendant une rencontre avec les actionnaires à Paris, le 19 avril 2018.
© REUTERS/Charles Platiau/File Photo

La garde à vue de l’homme d’affaires Vincent Bolloré a été prolongée, a appris l’AFP ce mercredi 25 avril. Le milliardaire est entendu par la justice depuis mardi sur les soupçons de corruption entourant l’obtention de concessions portuaires en Afrique de l’ouest par son groupe, notamment au Togo et en Guinée. Ces concessions auraient pu être attribuées par l’intermédiaire de son agence de communication Havas.

Les juges d’instruction tentent de savoir si le groupe Bolloré a utilisé les activités de conseil politique de sa filiale Havas pour se voir attribuer la gestion des ports de Lomé, au Togo, et de Conakry, en Guinée, via une autre de ses filiales, Bolloré Africa Logistics, anciennement appelée SDV.

En 2010, l'agence Havas approche Alpha Condé, alors candidat à la présidentielle en Guinée. La filiale du groupe Bolloré lui propose des services à des prix défiants toute concurrence. Un parfait « kit » d'influence pour une campagne électorale. Une fois élu, le dirigeant africain octroie de gré à gré sans appel d'offres le port de Conakry à Vincent Bolloré.

Pour le port de Lomé au Togo, le schéma est quasiment identique. Havas s'est occupé de la communication de Faure Gnassingbé, candidat à la présidence de son pays, lui aussi.

Outre l'industriel et milliardaire de 66 ans, deux cadres de son groupe sont aussi entendus depuis mardi dans les locaux de la police anticorruption à Nanterre : le responsable du pôle international de Havas, Jean-Philippe Dorent, et Gilles Alix, directeur général du groupe Bolloré.

Dans un communiqué, le groupe Bolloré a « formellement » démenti mardi avoir commis des irrégularités en Afrique. La tentative de trouver un tel lien révèle une méconnaissance lourde de ce secteur industriel, insiste le groupe Bolloré.

(avec AFP)

Les gens avaient trouvé très suspect l'attribution du contrat à Bolloré

Cellou Dalein Diallo, opposant guinéen
25-04-2018

 


C+, Challenges, Vivendi, garde à vue, un enchaînement d'évènements qui interpelle

Jeudi dernier, le milliardaire annonce à la surprise générale qu’il lâche les rênes du conseil de surveillance de Vivendi au profit de son fils Yannick, âgé de 38 ans. Vincent Bolloré reste tout de même membre du conseil de surveillance. « Il estime que le chantier de redressement est achevé et que les équipes en place peuvent diriger », explique alors une source proche du dossier à l’AFP. Une déclaration qui ne convainc pas grand monde car le milliardaire ne cessait de répéter jusque-là qu’il ne céderait son empire à ses quatre enfants qu’à une date bien précise, le 17 février 2022, soit le jour anniversaire des 200 ans de son groupe.

Alors pourquoi partir si vite ? Un article de Challenges n’y est peut-être pas étranger ; une semaine plus tôt, le 12 avril, l'hebdomadaire économique a relaté dans une enquête les déboires de l’empire Bolloré en Afrique. Surtout, Challenges assure ce jour-là que l’industriel va bientôt être convoqué par les juges du pôle financier qui enquêtent sur les conditions de reprise des concessions des ports de Conakry et de Lomé. Vincent Bolloré a-t-il alors voulu passer la main avant une possible mise en examen ?

Impossible à dire, mais un autre évènement interpelle : deux jours avant l’article de Challenges, l’industriel a également lâché la présidence du conseil de surveillance de Canal +. Question : le milliardaire savait-il qu’il allait être convoqué par les juges ? Pas impossible, selon un ancien cadre du groupe Bolloré qui décrit l'industriel comme « averti et réactif », et cette source d'ajouter à propos du milliardaire : « c’est un homme prudent qui se fait surprendre par peu de choses ».

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