Génocide rwandais: le procès en appel en France de deux maires pose question

Le procès en appel de Tito Baharira (dans un fauteuil spécial, à gauche) et Octavien Ngenzi (à droite) s'est ouvert le 2 mai à Paris.
© BENOIT PEYRUCQ / AFP

En France, deux anciens bourgmestres rwandais, condamnés en 2016 à la prison à vie pour leur participation au génocide des Tutsis, sont de retour ce mercredi 2 mai devant les assises de Paris. L'accusation situe Octavien Ngenzi et Tito Barahira au cœur de la machine génocidaire, mais les deux responsables de commune ont toujours nié leur implication dans les massacres de 1994.

Ce mercredi 2 mai, les deux bourgmestres de Kabarondo ont retrouvé leur place où ils sont assis côte à côte dans la même salle d’assises qui les a condamnés, il y a plus d’un an, à la prison à la perpétuité : Octavien Ngenzi, âgé de 60 ans et Tito Barahira, 67 ans, cheveux grisonnants et toujours sous dialyse pour une insuffisance rénale.

Face aux deux hommes, 34 parties civiles et leur armée d’avocats bien décidés à arracher une nouvelle condamnation à la prison à vie pour ces présumés génocidaires rwandais, dans ce procès « historique », lâche Michel Laval, l’avocat du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR).

« La France s’est donné la possibilité de juger des grands crimes de masse pour des présumés génocidaires, notamment, qui pourraient se trouver sur son territoire, explique-t-il. Elle l’a fait déjà à trois reprises pour le nommé Pascal Simbikangwa, qui a été condamné à 20 ou 25 ans de réclusion criminelle. Elle l’a fait également pour les deux accusés d’aujourd’hui, dans un procès de première instance. Donc, l’enjeu est juridique, politique, judiciaire et historique ».

Leur condamnation à perpétuité était la peine la plus lourde jamais prononcée à Paris dans le dossier Rwandais. Arrêtés en France, Octavien Ngenzi et Tito Barahira y sont jugés en vertu de la compétence universelle des juridictions nationales pour les crimes les plus graves. Mais pour la défense, ces condamnations à la prison à vie interrogent. Pour Fabrice Epstein, l'avocat d'Octavien Ngenzi, le verdict en première instance se trompe en mettant les deux accusés dans le même sac.

« Aucune différence n’avait été faite entre Ngenzi et Barahira. Or, il ressortait de l’audience que les deux avaient des excuses très, très différentes. Et ensuite, à la lecture de l’arrêt, ce qui m’est apparu comme extrêmement choquant, c’est le fait qu’il n’était pas du tout circonstancié, qu’on avait l’impression que ce sont des déclarations d’ordre très général, qui avaient condamné l’un et l’autre. Ce qui est certain, c’est qu’il est extrêmement dur pour des jurés de pouvoir évaluer correctement les témoignages, qui sont en grande partie des témoignages effectués par des gens qui viennent du Rwanda, qui subissent une pression et qui sont devant les juridictions françaises pour condamner. »

Deux mois pour juger ces autorités de Kabarondo, où plus de 2 000 Tutsis ont été massacrés en un jour

Pour l’avocat, un nouveau procès doit avoir lieu, notamment dans une ambiance plus apaisée et qui donne la parole aux accusés.

Qu’on oublie les querelles entre la France et le Rwanda, qu’on oublie les dispositions politiques et qu’on se concentre sur des faits comme dans toute cour d’assises. […] Beaucoup de témoignages étaient des témoignages sous la contrainte, étaient extirpés.
Me Fabrice Epstein met en lumière les erreurs de la justice française et souhaite que l'on replace les accusés et les faits au centre du procès
02-05-2018 - Par Franck Alexandre

Deux mois d'audience doivent permettre de comprendre quel fut le rôle exact des deux bourgmestres de Kabarondo, où en avril 1994 plus de 2 000 Tutsis furent massacrés en un seul jour dans l'église de ce petit village rwandais.

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