Le général Mokoko assume sa stratégie du silence au premier jour de son procès

L’ex-candidat à la présidentielle, le général Jean-Marie Michel Mokoko, à l’ouverture de son procès, le 7 mai 2018..
© RFI / Florence Morice

Interdite de salle d’audience lundi 7 mai au matin, la presse a finalement été autorisée à rentrer au procès du général Jean-Marie Michel Mokoko, à Brazzaville. L’interdit initial aurait constitué « un excès de zèle » des forces de sécurité présentes sur place, d’après les autorités. Jean-Marie Michel Mokoko, quant à lui, s’est vu notifier son acte d'accusation : « atteinte à la sûreté intérieure de l’Etat, détention illégale d’armes et munitions de guerre et incitation au trouble à l’ordre public ». Comme annoncé, l’accusé et ses avocats ont décidé de se taire. Ils estiment qu’en tant que dignitaire de la République, élevé à ce grade par décret en 2001, l’ex-candidat à la présidentielle est protégé par une immunité, un argument déjà rejeté à deux reprises par la Cour suprême.

Chemise blanche, pantalon bleu nuit, les traits tirés, mais fidèle à l’allure svelte qu’on lui connaît, Jean-Marie Michel Mokoko n’a pris la parole qu’à de très rares moments ce lundi, le plus souvent pour expliquer sa stratégie du silence.

« Si vous ne parlez pas, cela veut dire que vous acceptez toutes les charges retenues contre vous », avance le président de la Cour Christian Oba. « C’est votre interprétation, ce n’est pas la mienne », se défend le général. Cela s’apparente à un « outrage » reprend le juge. Et Jean-Marie Michel Mokoko de demander si « cela sera un chef d’inculpation de plus », déclenchant des rires dans l’assistance.

Cette stratégie vient nous libérer et nous facilite la tâche : cela équivaut, s’il ne s’explique pas, à un aveu

Maître Emmanuel Oko, l'un des avocats de l'Etat congolais pour le procès Mokoko
08-05-2018

S’agit-il d’un « aveu » s’interroge à son tour Gérard Devillers, avocat de l’Etat congolais. Il « pensait », dit-il, que l’accusé aurait « une part de vérité à défendre ». Côté défense justement, comme annoncé, les avocats du général ont assisté à l’audience, mais sans leurs dossiers et sont restés muets. Ils dénoncent « une parodie de justice ».

Le général Mokoko n’entend pas participer à ce procès, en raison de son immunité juridictionnelle

Maître Yvon-Eric Ibouanga, l'un des avocats du général Mokoko
08-05-2018

Finalement, le juge décide que le détail des charges et les pièces du dossier seront tout de même examinés à partir de ce mardi.

Le procès n’est pas retransmis en direct à la télévision, contrairement à ce qu’avait espéré le général. En revanche, des extraits seront diffusés chaque jour à la télévision nationale congolaise après le journal du soir, et ce jusqu’à la fin du procès, indiquent des sources gouvernementales.


■ Des militants arrêtés à Pointe-Noire

Pour le premier jour de ce procès, le mouvement citoyen Ras-le-bol, qui milite pour la justice et la liberté, avait organisé des manifestations pour « dénoncer » un procès qualifié de « politique ». Le coordinateur du mouvement, Franck Nzila, dénonce une vingtaine d'arrestations à Pointe-Noire et il exige la libération des militants détenus.

L'action du mouvement ras-le-bol au niveau de Pointe-Noire consistait dans le dépôt d'un plaidoyer pour demander la libération des prisonniers politiques.

Franck Nzila, coordinateur du mouvement citoyen Ras-le-Bol
08-05-2018 - Par Esdras Ndikumana

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