Soutien de la candidature rwandaise à l’OIF: un revirement de la France?

Le président français, Emmanuel Macron, a reçu son homologue rwandais, Paul Kagame, à l'Elysée, Paris, le 23 mai 2018.
© REUTERS/Christian Hartmann

Emmanuel Macron est désormais le bienvenu à Kigali. Un signe de plus d'un nouveau départ dans les relations entre Paris et le Rwanda. Les deux chefs d'Etat ont fait part de leur bonne volonté pour travailler « ensemble », « de manière pragmatique », selon le président français. C'est dans ce sens que Paris soutient désormais officiellement la candidature de Louise Mushikiwabo, la chef de la diplomatie rwandaise à la tête de l'Organisation de la francophonie. C’est un virage à 180° de la politique de la France à l'égard de la Francophonie et de ses relations avec le Rwanda.

C’est un changement de cap. Parce que durant la guerre civile rwandaise, la France a soutenu le gouvernement de Juvenal Habyarimana contre la rébellion de Paul Kagame. Depuis le génocide, le président rwandais accuse la France, mais surtout un certain nombre d'officiels et d'officiers français de participation directe aux massacres. Notamment parce que la France a continué d'entretenir les mêmes relations avec le régime intérimaire, responsable du génocide de 1994.

Paris de son côté reprochait aux rebelles de Paul Kagame d'avoir descendu l'avion du président Habyarimana qui a aussi coûté la vie à l'équipage français et torpillé les accords de paix d'Arusha. Et c'est d'ailleurs la procédure judiciaire en France sur cet attentat qui a empêché jusqu'ici les deux pays de se réconcilier.

Chaque fois que la procédure judiciaire en France pointait le régime de Paul Kagame, le président rwandais allait plus loin dans ses accusations contre la France : rupture des relations diplomatiques, fermeture de l'ambassade de France, démolition du centre culturel français, suppression de l'enseignement du français à l'école primaire.

Changement de logiciel

Malgré cette rencontre et ce soutien, rien de tout ceci n'est véritablement réglé. Parmi les raisons de ce rapprochement, côté français, on parle de pragmatisme. A l'Elysée, on défend depuis des mois l'idée d'un changement de logiciel. Finis l'ingérence et les regards dans le rétroviseur, place désormais à la diplomatie économique. Le président français s'ouvre ainsi à l'Afrique non francophone en discutant par exemple avec l'Angola et le Nigeria.

« Emmanuel Macron parle aux hommes forts de l'Afrique et beaucoup moins au pré carré traditionnel », décrypte le journaliste Antoine Glaser. Or Paul Kagame est le président en exercice de l'Union africaine. Il est donc l'un des hommes qui comptent sur le continent. En se rapprochant de lui, le locataire de l'Elysée entend peut-être également calmer les ardeurs du président rwandais. L'enjeu pour Paris pourrait être également de peser dans le jeu régional. Le Rwanda est voisin de la RDC et de la Centrafrique, deux pays qui ont été au coeur des discussions mercredi à l'Elysée entre les deux présidents.

Côté rwandais, ce rapprochement pourrait s'expliquer par le fait que Paul Kagame connait depuis six ans des difficultés avec ses alliés traditionnels anglo-saxons, de plus en plus critiques sur les violations des droits de l'homme.

Maintenant Emmanuel Macron il parle aux hommes forts de l'Afrique. Il parle à João Lourenço de l'Angola parce que c'est une puissance économique, il parle au Nigeria de Muhammadu Buhari, donc on voit qu'il y a vraiment un engagement d'Emmanuel Macron pour parler aux grands partenaires de l'Afrique et beaucoup moins finalement au pré carré traditionnel, à des relations anciennes et paternalistes comme les précédents présidents ont pu le faire.
Antoine Glaser, journaliste spécialiste de l'Afrique
24-05-2018 - Par Pierre Firtion

Renoncement à la déclaration de Bamako ?

C'est aussi un tournant dans la politique de la France à l'égard de la Francophonie. Depuis les années 2000 et la déclaration de Bamako qui reste aujourd'hui un pilier de l'OIF, Francophonie devait rimer avec démocratie. C'était l'idée promue par la France qui était taxée d'hypocrisie. Concrètement, jusqu'à présent, la France soutenait au poste de secrétaire général des candidatures de nature à promouvoir la démocratie. On se souvient de la proposition faite à Abdou Diouf d'accepter de quitter la tête de l'Etat sénégalais contre ce poste, du veto mis à la candidature de Pierre Buyoya, accusé de crimes de guerre dans son pays, le Burundi, ou à Henri Lopès, le candidat du président Sassou-Nguesso, dont le régime était jugé trop peu démocratique.

Paul Kagame vient de changer sa Constitution et de briguer un troisième mandat, il est accusé par l'ONU comme les organisations de défense des droits de l'homme de mener depuis le génocide une répression féroce contre toute voix dissidente. On est donc très loin des engagements pris à Bamako et des valeurs démocratiques portées par la Francophonie, c'est ce que notent plusieurs officiels francophones, africains comme étrangers. Où c'est peut-être juste la fin d'une hypocrisie, moque un activiste africain.

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