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Cameroun

Cameroun: les responsabilités dans la tuerie de Menka pas encore déterminées

Des soldats patrouillent à Bafut, dans le nord-ouest du Cameroun, en zone anglophone, le 15 novembre 2017.
© AFP

Près d'une semaine après la mort de 32 personnes à Menka, au Cameroun, il est toujours difficile de savoir exactement ce qui s'est passé. Les autorités assurent avoir « neutralisé 27 terroristes », qui eux-mêmes avaient tué quatre otages, dans un hôtel de cette ville du nord-ouest. Mais d'autres versions estiment qu'il s'agissait plutôt de groupes criminels locaux, n'ayant aucun rapport avec le sécessionnisme anglophone.

Les images de corps gisant au sol ont fait le tour des réseaux sociaux ces derniers jours. Une manipulation, selon les autorités, qui accusent les sécessionnistes.

Selon Yaoundé, les militaires sont intervenus à la demande de la population, contre un groupe armé qui détenait quinze personnes en otage et qui, comme seule réponse aux sommations, a choisi d'exécuter une partie de ces otages. Plusieurs militaires auraient été blessés au cours de l'affrontement. « Après avoir pris quinze otages, ils se sont installés dans un petit hôtel dans la localité de Menka. Les populations excédées ont donc appelé au secours les forces de défense et de sécurité qui étaient donc mises au courant que les preneurs d'otages avaient investi cet hôtel. Il y a d'abord eu des tirs de sommation. C'est pour n'avoir pas obtempéré et avoir commencé à tuer les otages un par un que nos forces de défense ont décidé d'intervenir. Beaucoup d'armes de guerre, des munitions, des armes blanches ont été effectivement récupérées. Un arsenal de guerre mis à la disposition de ces terroristes-bandits », détaille Issa Tchiroma Bakary, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Mais le mouvement séparatiste anglophone, se réclamant de la République d'Ambazonie, dément catégoriquement. Nos combattants ne logent pas dans des hôtels, explique leur porte-parole, en ajoutant qu'à aucun moment le gouvernement n'a présenté les armes qu'il dit avoir saisies sur place.

Il s'agit pourtant arsenal de guerre, selon les autorités camerounaises. Cela interpelle également un défenseur des droits de l'homme basé dans la région. Il s'étonne que les armes n'aient pas été présentées et affirme que les personnes retranchées dans l'hôtel n'étaient pas des sécessionnistes, mais des criminels motivés par leur propre intérêt, en l'occurence les rançons versées en échange des otages.

Même analyse pour le président du principal parti d'opposition. John Fru Ndi, qui s'est rendu sur place au lendemain des événements, y voit surtout une opération de communication du gouvernement : « Il semble qu'il s'agisse d'un plan du régime pour montrer au monde qu'ils sont en train de gagner leur combat contre les sécessionnistes anglophones. Dans l'hôtel ce jour-là, se trouvaient des gens favorables à la cause sécessionniste, des criminels et des gens qui avaient été enlevés et conduits de force dans l'établissement. Il y avait un mélange, c'est pour cela que nous condamnons ce qui s'est passé.

La police, l'armée ou la gendarmerie est censée appeler à la reddition avant d'agir. Là, les militaires ont tué tous ceux qui se trouvaient sur place. Ils tiré pour tuer, alors qu'ils auraient pu viser le pied par exemple pour pouvoir arrêter les suspects, les interroger pour obtenir davantage d'informations et essayer de traiter le problème à la racine. Mais là, ils ont tué tout le monde. »

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