Algérie: un lanceur d'alerte et un journaliste arrêtés à Oran

Les deux hommes ont été arrêtés après avoir fait des révélations sur des faits de corruption et sur un trafic de cocaïne dans le port d'Oran, en Algérie.
© Wikipedia/CC BY-SA 3.0/Faycal.09

Le lanceur d'alerte, Noureddine Tounsi, a été arrêté en pleine rue à Oran pour avoir révélé plusieurs faits de corruption au sein du port de cette ville. Le journaliste Said Boudour du média en ligne Algerie Part, a, lui aussi, été interpellé après avoir révélé récemment l'arrivée illicite de cocaïne dans ce même port d’Oran.

Les deux hommes, Noureddine Tounsi et Said Boudour, ont été transférés à Alger dans la nuit de vendredi 1er juin à samedi 2 juin. Leurs avocats n'ont toujours pas accès au dossier alors qu'ils seront déférés ce lundi devant un juge.

Selon la Ligue de défense des droits de l'homme, les enquêteurs leur ont posé des questions sur l'affaire de la cocaïne d'Oran. 701 kilos de drogue, cachés dans de la viande congelée, ont été saisis dans un navire qui attendait d'entrer au port mardi dernier. Une affaire qui a fait la Une de la presse, et à propos de laquelle Said Boudour a écrit plusieurs articles au cours de la semaine.

Maitre Henri Thulliez, cofondateur de la Plateforme de protection des lanceurs d'alerte en Afrique (PPLAAF), demande leur libération, « parce que, a priori, quand on regarde les éléments tels qu’ils arrivent jusqu’à présent : on intimide un journaliste qui fait son travail d’information de l’opinion publique et on intimide un lanceur d’alerte qui n’a fait que révéler des informations de corruption, donc qui touchent à l’intérêt général. »

L’avocat dénonce une manœuvre d'intimidation. « La façon avec laquelle ils ont été arrêtés, en pleine rue comme de vulgaires criminels, puis leur transfert presque manu militari, soudain, à Alger, l’impossibilité pour le moment pour les avocats de consulter le dossier, laissent entendre que ce sont des menaces, un avis à tous ceux qui aimeraient faire la même chose qu’eux et dénoncer des atteintes à l’intérêt public, qu’ils finiront par subir de graves représailles. »

Si il y a « de quoi être pessimiste » estime Henri Thulliez, le cofondateur de la PLAAF se félicite néanmoins de constater une certaine mobilisation en Algérie autour de ce dossier. « On voit une levée de boucliers de la société civile et de la presse en Algérie actuellement concernant ces deux personnes. J’espère que cette mobilisation continuera pour mettre une pression suffisante pour éviter que ces personnes soient condamnées à je ne sais quel chef d’accusation de façon expéditive. »

Le collectif des éditeurs de presse électronique se dit « très inquiet » de ces arrestations et demande la libération immédiate des deux hommes. Ce collectif annonce aussi qu'un autre journaliste et un éditeur qui ont également écrit sur cette même affaire de cocaïne, ont été convoqués par les services de sécurité vendredi.

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