France: relaxe pour un journaliste poursuivi pour diffamation par Bolloré

Vincent Bolloré, en juin 2014.
© Eric PIERMONT / AFP

« Vincent Bolloré, un ami qui vous veut du bien ? » n’est pas un reportage diffamatoire, selon la justice française qui a donc tranché. Ce reportage, réalisé par Tristan Waleckx, avait été diffusé sur la chaîne de télévision France 2 en 2016 et récompensé du prestigieux prix Albert Londres en 2017. Il retrace le parcours de l’industriel français et notamment ses activités en Afrique.

Le procès qui opposait Vincent Bolloré et ses sociétés à l’équipe du film s’est tenu en avril. Le tribunal correctionnel de Nanterre a rendu son délibéré ce mardi 5 juin : Tristan Waleckx, l’auteur du reportage, est relaxé.  C’est un grand soulagement pour le journaliste, mais également pour son avocate Juliette Félix. Tous les deux ont évidemment manifesté leur joie et leur satisfaction à l’issue du délibéré. « Je suis hyper heureux évidemment car, même si on savait qu'il y avait une chance sur 1000 pour qu'on puisse perdre cette procédure, on savait qu'il y avait un risque. Vraisemblablement, tous nos documents et très nombreux témoignages qu'on a produits ont largement convaincu le tribunal qu'il n'y avait aucun problème. »

« Nous espérons que cette décision mettra un terme aux procédures bâillons qui sont menées notamment par le groupe Bolloré, a déclaré l'avocate de la défense, maître Juliette Félix. C'est une décision qui salue aussi le travail d'investigation fait par ces journalistes chevronnés et sérieux. »

Maître Olivier Baratelli, avocat du groupe plaignant, a annoncé l'intention de son client de faire appel.

Deux autres procédures encore en cours...

Neuf passages de ce reportage étaient mis en cause par Vincent Bolloré et ses sociétés, Bolloré SA et Bolloré Africa Logistics, qui étaient parties civiles dans ce procès. Et parmi les extraits qui posaient problème, il y avait ceux consacrés aux activités de la Socapalm, cette société productrice d’huile de palme au Cameroun, société dont Vincent Bolloré est actionnaire. Le reportage montrait notamment les conditions de travail des sous-traitants dans ces palmeraies, des sous-traitants parfois présentés comme mineurs et sans équipement de protection.

Le reportage revenait également sur les conditions d’attribution d’une concession portuaire, celle de Gribi, encore une fois au Cameroun en 2015. L’auteur du reportage posait la question d’éventuels passe-droits dont aurait pu bénéficier Vincent Bolloré. La justice française a reconnu que le ton, les termes employés étaient un peu vifs dans ce passage. Et là aussi, la justice a choisi de relaxer Tristan Waleckx, mettant en avant l'« absence d'animosité personnelle » et le « sérieux de son enquête ».

Lors du procès en avril, l’avocat de Vincent Bolloré et de ses sociétés, maître Olivier Baratelli avait demandé 450 000 euros de réparation pour le préjudice subi par son client. Une demande qui a donc été rejetée par la justice française.

Le journaliste et la chaîne France 2 restent poursuivis devant le tribunal de Commerce de Paris par l'homme d'affaires qui réclame dans cette procédure 50 millions d'euros de dommages et intérêts. Cette décision de justice est attendue le 12 juin.

Une troisième procédure est en cours au Cameroun, la Socapalm ayant attaqué elle aussi en diffamation Tristan Waleckx et France Télévisions.

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