Un manque de communication complique le recensement en cours à Madagascar

Vue d'un quartier défavorisé d’Antananarivo, capitale de Madagascar.
© RFI/Paulina Zidi

Madagascar vit en ce moment son troisième recensement de toute l'histoire du pays (le premier avait eu lieu en 1973, le deuxième en 1993). Il y a 25 ans, la population avait été estimée à douze millions d'habitants. Aujourd'hui, on s'attend à ce qu'elle ait plus que doublée. Pour les partenaires financiers, les statisticiens, les économistes, les investisseurs, l'importance de ce dénombrement est grande : ils vont pouvoir avoir accès à des données démographiques et socio-économiques en fonction des secteurs dans lesquels ils opèrent. Mais les enquêteurs font face à plusieurs difficultés.

« Combien de personnes vivent dans votre foyer ? Quel est votre travail ? Avez-vous un frigo ? Quelles toilettes utilisez-vous ? »

Des questions sommes toutes anodines mais qui provoquent une grande défiance de la population, si bien que certains refusent de répondre aux agents recenseurs. Sylvain Urfer, fondateur du Sefafi, l'Observatoire de la vie publique, explique pourquoi.

« Les gens qui viennent les voir sont des personnes envoyées par l'Etat. Or tout ce qui touche au fonctionnement de l'Etat entraine une forte méfiance de la part de la population. Ils ont peur. Peur d'être dévoilés. La plupart des gens sont dans l'informel, la plupart des gens sont dans des situations discutables du point de vue foncier par exemple (maisons illicites sur des terrains qui ne leur appartiennent pas), ils ont des revenus non déclarés. Bref, dès qu'on veut toucher à ce fonctionnement familial, qu'il soit de l'habitat, des revenus, là on se heurte à des murs de méfiance extrêmement fort et ça explique que des gens refusent de recevoir les enquêteurs. »

Bref, un manque criant de communication autour d'un événement pourtant majeur pour le pays. « Si on avait insisté sur le fait qu'on veut simplement avoir un minimum d'informations permettant de mieux cerner les problèmes de la société, il y aurait certainement eu une attitude beaucoup plus positive parce que les gens en auraient parlé entre eux », reprend Sylvain Ufer.

Le directeur général de l'Instat, l'institution en charge du recensement, reconnait une défaillance dans la sensibilisation envers la population et affirme que le questionnaire sera bientôt mis en ligne pour que les utilisateurs d'internet puissent y avoir accès.

Autre problème, qui est venu perturber le recensement. Certains agents n'ont pas reçu leurs indemnités et ont donc cessé de travailler. De quoi retarder d'une dizaine de jours la fin de cette opération d'envergure prévue initialement le 10 juin. Les premières données sont attendues pour courant octobre.

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