RDC: acquitté, Jean-Pierre Bemba pourrait-il être candidat à la présidentielle?

Un partisan de Jean-Pierre Bemba prie contre un portrait de l’ancien vice-président congolais, au siège du MLC à Kinshasa, le 8 juin 2018.
© JOHN WESSELS / AFP

Dès l’annonce de l’acquittement de Jean-Pierre Bemba par la CPI, vendredi, ses partisans se réjouissaient à l’idée qu’il pourrait être leur futur candidat à la présidentielle congolaise du 23 décembre prochain. Mais une candidature de l'ancien vice-président est-elle vraiment envisageable ?

Première question, celle de la libération de Jean-Pierre Bemba. Celle-ci fait peu de doute mais la date reste incertaine. L’ancien vice-président congolais a beau avoir été acquitté ce vendredi, il reste condamné pour atteinte à l’administration de la justice et notamment « subornation de témoin », même si on attend encore le détail de la peine.

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Doit-il être maintenu en détention en attendant ? La Cour doit se réunir mardi pour examiner la question et elle n’a pas de délai légal pour statuer. Mais elle pourrait, selon une source proche de la CPI, être guidée par un « sentiment d’urgence à rétablir Jean-Pierre Bemba dans ses droits » après dix années de détention.

Mais pour l'avocat de Jean-Pierre Bemba, Me Peter Haynes, son client aurait dû être libéré le jour même. « Nous avons fait tout notre possible pour qu'une audience puisse se tenir vendredi après-midi afin qu'il puisse être libéré. On nous a fait comprendre que cela pourrait être possible. Et ensuite, on nous a dit qu'il n'y avait pas de juge disponible à ce moment-là et que l'audience se tiendra donc mardi. Je pense que ça n'est pas satisfaisant dans la mesure où il vient d'être acquitté de toutes les charges qui pesaient contre lui. La Cour doit appliquer ce verdict et le libérer de toute urgence. Or, traiter ce dossier 4 à 5 jours plus tard, ce n'est pas ce que j'appelle traiter un dossier en priorité. Tout ceci est injuste, immoral. Et c'est illégal. »

Du côté de la CPI, on assure que la situation n'est pas aussi simple. Pour son porte-parole Fadi El-Abdallah, la procédure suit normalement son cours. Ce sera aux juges de déterminer si Jean-Pierre Bemba doit être maintenu en détention.

« M. Bemba demeure en détention parce qu’il a été condamné pour atteinte à l'administration de la justice, pour subornation de témoin... C’est une affaire qui est séparée de celle pour laquelle il a été acquitté. Sur le compte de cette affaire d’atteinte à l'administration de la justice, il a passé quatre ans et quelques alors que la peine maximale pourrait aller jusqu’à 5 ans, avec une possibilité d’amende. Or il n’y a pas encore eu de décision sur l’appel dans cette affaire et la chambre a convoqué une audience mardi prochain pour discuter de la possibilité d’une mise en liberté provisoire dans l’attente du prononcé de la peine. Tout dépend de la décision des juges. »

La question de l'inéligibilité

Quoi qu’il en soit, la loi congolaise n’impose pas de durée minimum de résidence en RDC pour être candidat. Par ailleurs, cette seconde peine devait en théorie s’ajouter à la première qui vient donc d’être effacée hier. Que va-t-il donc se passer ? Le cas est inédit à la CPI.

Une autre question se pose : cette seconde affaire pourrait-elle suffire à rendre Jean-Pierre Bemba inéligible ? La CPI estime que ce n’est pas à elle de statuer, mais à la RDC. Or, si le crime contre l’humanité faisait explicitement partie des motifs d’exclusion selon la loi électorale, le cas de la « subornation de témoin » lui, n’y est pas mentionné.

« En ce qui concerne les infractions alléguées en matière d’atteinte à l’administration de la justice, ça correspond à ce qu’on appelle des contraventions ou tout au plus des délits qui n’emportent pas d’échéances de l’exercice de droit civiles et politiques », affirme son ancien avocat et co-accusé dans cette affaire, Me Aimé Kilolo.

« M. Bemba peut revenir au pays »

Enfin, il reste à savoir si Jean-Pierre Bemba pourra rentrer au Congo, une fois libéré. Dès hier soir, le ministre congolais de la Justice assurait que cela serait possible. « M. Bemba peut revenir au pays quand il veut, il n'y a pas de problème », a-t-il déclaré à RFI.

Ce n'était pas notre dossier, c'était un dossier de la République centrafricaine. De tout temps, les autorités de ce pays ont toujours dit qu'on n'avait rien à voir avec ce procès. M. Bemba peut revenir au pays quand il veut, il n'y a pas de problème.
Alexis Thambwe Mwamba
08-06-2018 - Par Gaëlle Laleix

Quoi qu’il en soit, candidat ou pas, le retour de Jean-Pierre Bemba dans le jeu, à six mois de l’élection présidentielle, risque de bouleverser l’échiquier politique.

Ambiance au siège du MLC

La joie était toujours présente, ce samedi matin, mais elle laisse place à un peu d’attentisme, d’expectative aussi. Il n’y avait pas grand monde au siège du MLC. Valentin Gerengo, président interfédéral du parti, explique que la fête a duré longtemps, hier soir, et qu’il leur faut désormais se réunir avec les différents dirigeants du parti pour se mettre d’accord sur la marche à suivre car, même s’ils le clamaient haut et fort, ils ne s’attendaient pas forcément à cette accélération de l’histoire.

Ils espéraient une remise de peine qui permettrait d’envisager le retour de Jean-Pierre Bemba mais peu avaient prédit l’acquittement immédiat. « Cela change la donne », explique Valentin Gerengo car avant cela, tant que Jean-Pierre Bemba ne pouvait pas s’exprimer devant ses partisans, certains prenaient des libertés avec, même parfois, des « guerres de leadership », dit-il, mais désormais il faut éviter la cacophonie et donc prendre le temps de sonder les aspirations de l’ex-vice-président sur une potentielle candidature et sur la stratégie, même si pour les décisions importantes Jean-Pierre Bemba a continué, pendant sa détention, à donner le « la ». C’est lui, par exemple, qui a signé, le 31 mai dernier, la convocation pour le congrès du parti prévu les 12 et 13 juillet. Reste qu’il n’échangeait qu’avec quelques très proches collaborateurs.

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