Madagascar: mise en place d’un pôle anticorruption

Sur ces pancartes brandies par les députés de l'opposition malgache, le 3 avril, on peut lire: «Corruption, ça suffit!».
© Sarah Tétaud/RFI

Madagascar franchit un nouveau pas dans la lutte contre la corruption. Antananarivo a inauguré, vendredi 15 juin, le premier des six Pôles anti-corruption (PAC). Depuis 2015, l'Etat malgache et ses partenaires onusiens tentaient d'établir cette juridiction spécialisée chargée de traiter, entre autres, les dossiers de grande délinquance économique et financière.

« A la base, il y a le constat de la corruption et puis il y a la volonté, la détermination de mettre un terme à ces faits-là. Voilà pourquoi j'ai intégré cette juridiction », explique Aimé Rasoloharimanana, le nouveau président du Pôle anti-corruption d'Antananarivo.

Comme vingt-deux de ses confrères magistrats, il a été recruté et formé spécialement pour cette juridiction et jouit désormais d'un statut censé le protéger d'éventuelles pressions.

« Si j'ai candidaté pour le PAC, c'est surtout parce qu'il y a plus d'indépendance et plus de possibilités de lutter contre ce fléau. C'est cela qui me motive », précise Aimé Rasoloharimanana.

Jusqu'ici, c'était la chaîne pénale anticorruption, directement rattachée au ministère de la Justice, qui gérait les dossiers. Désormais, les infractions économiques, financières, minières ou encore douanières, transmises par le Bianco (Bureau indépendant de lutte anti-corruption), le Samifin (Service de renseignements financiers), la police ou encore la gendarmerie, seront instruites par les magistrats des Pôles Anti-corruption.

Ainsi, l’affaire Claudine (conseillère du président de la République soupçonnée de favoritisme dans l'attribution de marchés publics, de détournement de deniers publics, de recel de détournement de deniers publics, d'abus de fonction et de blanchiment d'argent et arrêtée en avril 2017) ou encore l'affaire dite du Paon d'or (députés qui auraient été corrompus dans la but de voter les lois électorales, en avril 2018) devraient donc être transmises, ces jours-ci, aux magistrats du PAC de la capitale.

« Sur le plan budgétaire, les Pôles anti-corruption auront une gestion autonome. D'autre part, sur le plan de l'exécution des tâches des fonctions judiciaires, les magistrats seront complètement indépendants. Indépendants vis-à-vis du ministère de la Justice et vis-à-vis de toutes les personnes qui essaieront de s'immiscer dans leurs fonctions », souligne Harimahefa Ratiaraisoa, coordinatrice nationale des Pôles Anti-corruption.

Un grand pas en avant donc mais qui nécessite, pour un bon fonctionnement, encore de gros ajustements. Ainsi, tant que les lois sur le recouvrement des avoirs illicites, sur le blanchiment de capitaux et sur le financement du terrorisme ne seront pas votées - ces lois ont été mises quatre fois à l'ordre du jour de l'Assemblée nationale mais n'ont encore été jamais débattues - les magistrats pourront condamner les coupables mais ne pourront pas récupérer l'argent volé ou détourné.

Par ailleurs, en attendant l'installation progressive des cinq autres PAC - prévus à Tamatave, Diégo-Suarez, Mahajunga, Tuléar et Fianarantsoa - les chaînes pénales anti-corruption des chefs-lieux de province restent compétentes pour le traitement des dossiers de corruption.

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