Côte d'Ivoire: pluies diluviennes et mortelles à Abidjan

La ville d'Abidjan est, en juin 2018, sous les eaux. Le plus lourd bilan est à Cocody Riviera où l’on dénombre 6 victimes.
© RFI/Frédéric Garat

Abidjan sous les eaux : la capitale économique de la Côte d'Ivoire a subi de fortes pluies, qui ont entraîné de fortes inondations. Les routes sont souvent impraticables en raison de dégâts matériels nombreux. Les sapeurs-pompiers sont mobilisés depuis cette nuit. Il y aurait au moins dix-huit morts.

Terribles ravages d’une pluie torrentielle lundi soir et mardi matin sur plusieurs quartiers d’Abidjan. Des voitures submergées, des commerces dévastés, des habitations dont les portes ont été défoncées par la force de l’eau.

Le bilan communiqué par le GSPM, les sapeurs-pompiers d’Abidjan est d’au moins dix-huit morts dans différents quartiers de la capitale économique. Le plus lourd bilan est à Cocody Riviera où l’on dénombre six victimes souvent piégées et emportées par des torrents d’eau et de boue qui sont montées parfois jusqu’à 1,5 mètres.

Souvent, les piétons imprudents ou les chauffeurs comme celui que RFI a vu au carrefour 9 Kilos sont projetés dans de larges caniveaux à ciel ouverts et sont noyés. De larges parties de chaussées sur lesquelles reposent des commerces se sont effondrées avec parfois des occupants.

Un hôpital de campagne

Il faut dire qu’Abidjan depuis le début de la soirée de lundi, jusqu’à 6h du matin, a connu une pluie dense et parfois violente ininterrompue.

Cette femme de Riviera 3 a eu la vie sauve grâce à la présence d’esprit de son père : « Aux environs de 3 heures, c’est notre père qui s’est réveillé et qui a dit que la maison commençait à s’inonder. Donc on a commencé à essayer de sauver ce qu’on pouvait sauver, mais c’était impossible parce que l’eau avait pris une dimension vraiment pas possible. Aujourd’hui, on ne pouvait plus rester à l’intérieur de la maison. Donc on a eu à sortir et à se mettre sur le toit jusqu’à 9 heures. Et maintenant, on est descendus pour essayer de voir ce qu’on peut sauver. En tout cas, aujourd’hui, c’est l’apothéose, c’est un peu ça. On pensait qu’on allait mourir ».

Une pluie que l’urbanisation galopante et le manque de canalisation adéquates ont rendue mortelle depuis plusieurs années à Abidjan. Face à l’urgence les sapeurs-pompiers qui ne chôment pas depuis 2 heures ce matin ont installé un hôpital de campagne dans un supermarché à Cocody Riviera.

Face aux problèmes d’inondation et donc de circulation en ville certaines épreuves comme le brevet des collèges dans les lycées français ont été reportées à jeudi.

Des pluies sur l'ensemble du pays

Ailleurs en Côte d’Ivoire, de grosses pluies ont été signalées dans plusieurs villes, du nord au sud de la Côte d'Ivoire. Cela a été le cas à Bouaké ou Yamoussoukro sans pour autant provoquer d'inondations. En revanche, l'eau a envahi les rues de certains quartiers à Daloa dans l'Ouest.

Mais sans dégâts importants, selon ce commerçant joint au téléphone : « Ça pleut partout à Daloa. Ce sont les habitations des bas-fonds qui sont inondées. Il n’y a pas de gros dégâts. Ca a empêché le commerce. Les rues sont un peu inondées, donc ça empêche les clients de sortir ».

→ Pour suivre la situation sur Twitter, @CivInondations


Reportage à Cocody Riviera

Des voitures emportées, encastrées les unes dans les autres, des murs et portails arrachés. Le quartier Alabra Réconciliation à Riviera 3 offre un paysage de désolation. C'est vers trois heures du matin que les habitants ont été surpris par un torrent d'eau, de boue et de détritus qui est monté à environ 1,5 mètre et a tout emporté sur son passage.

Pour sauver leur vie, des familles entières se sont réfugiées sur les toits ou dans les combles des maisons, certains dans des arbres. Plus tard dans la journée, une fois les eaux retirées, les habitants les traits tirés et l'air hagard, nettoyaient leur maison et faisaient l'inventaire de ce qui pouvait encore être sauvé, c'est à dire bien peu de choses. Ça et là, dans des monticules de boue, des enfants tentaient de retrouver leurs cahiers d'écoliers déchirés et maculés. « On n'a plus rien » répète une vieille dame. Au moins une femme aurait perdu la vie dans le quartier.

Amis, famille, tous sont venus en renfort et chargent des voitures. Une enseignante, mère de quatre enfants explique, comme beaucoup, qu'elle ne passera pas les prochaines nuits dans sa maison mais chez des proches. « Les sapeurs pompiers n'ont pas pu accéder à la cité avant plusieurs heures », s'emporte-t-elle avant d'ajouter : « Il est temps que les autorités fassent quelque chose », alors que la saison des pluies ne fait que commencer.