Madagascar: les violences envers les enfants font partie de la vie quotidienne

L'étude a permis de montrer que les châtiments corporels à la maison comme à l'école (pourtant interdits depuis 1996) font partie intégrante de l'éducation d'un enfant.
© © RFI / Sarah Tetaud

Donner un visage à l’indicible. A Madagascar, c’est une étude nationale sans précédent qui vient de paraître sur les violences à l’égard des enfants et qui confirme que ces violences font partie de leur vie quotidienne. Châtiments corporels, violences psychologiques, violences sexuelles. Dans ce rapport - commandité par l’Etat malgache et l’Unicef -, un jeune sur deux affirme avoir subi des violences en milieu scolaire. 9 sur dix déclarent avoir été victimes de châtiment corporel au sein de leur famille. Cet outil devrait permettre aux acteurs de la protection de l’enfant de mieux comprendre et donc de mieux prévenir ces situations de risque.

« 89% des enfants disent qu’ils ont été violentés physiquement un jour au sein de leur foyer. Et pourtant ils sont 72% à dire qu’ils se sentent en sécurité chez eux. »

Se sentir en sécurité. Se sentir en danger. Sur toute l’île, ce sont plus de 3 200 personnes - jeunes, parents, travailleurs sociaux, enseignants, gendarmes -, qui ont été interrogées sur la perception et leur vécu de la violence envers les enfants.

Pour Rajae Sbihi, la pédopsychiatre qui présentait mardi les résultats, cette étude a pu mettre en évidence les déterminants de la violence à Madagascar.

« La violence est considérée comme une méthode éducative, que ce soit dans le milieu familial ou à l’école. L'autre déterminant c’est l’âge de l’enfant. L’étude a montré qu’entre 10 et 14 ans, c’était un âge critique où l’enfant a le plus à risque d’être violenté. Un autre déterminant : le milieu rural. C’est-à-dire qu’un enfant qui vient du milieu rural est plus exposé aux violences. »

Une violence banalisée et un taux de signalement auprès des autorités quasi inexistant, du fait des résistances culturelles, de la méconnaissance des recours possibles et de la défiance vis-à-vis de la justice.

Si l’étude a permis de montrer que les besoins et les droits de l’enfant étaient méconnus, elle est surtout le premier jalon de la politique nationale de lutte contre les violences faites aux enfants, qui devrait être présentée en Conseil des ministres d’ici la fin de l’année.

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