Inondations en Côte d’Ivoire: à Abidjan, l’heure du deuil et des questions

Les habitants d'Abidjan se désolent du spectacle de destruction après les inondations catastrophiques qui ont touché la cité le 19 juin 2018.
© Sia KAMBOU / AFP

Le jour d'après, en Côte d'Ivoire où au moins 20 personnes sont mortes dans les fortes inondations qui ont touché notamment Abidjan après des heures d'intempéries torrentielles. Ce mardi, la ville se réveille encore sous le choc même si les pluies ont cessé. C’est l’heure du deuil, des réparations, mais aussi de certaines interrogations.

Des centaines et des centaines de commerces sont à nettoyer et à dégager des décombres dorénavant. Beaucoup de logements aussi sont concernés à Abidjan, notamment dans les quartiers de Cocody, de Port-Bouët ou bien d’Adjamé. Ce sont des images post-apocalyptiques auxquelles on a pu assister ce lundi et ce mardi matin encore : enchevêtrement de gravats, de carcasses de voitures et parfois malheureusement de passagers morts à l’intérieur de ces véhicules noyés dans la boue.

A certains endroits comme dans la rue ministre à Riviera Palmeraie, zone martyre régulièrement sujette aux inondations, le bitume aurait été totalement emporté par les eaux et la route serait impraticable. On a l’impression qu’il y a eu un tremblement de terre, explique un employé de la municipalité. Au moins 18 personnes tuées, 136 autres secourues, c'est donc le bilan provisoire des dégâts causés par les pluies torrentielles à Abidjan. Deux victimes sont à déplorer aussi à Tiassalé et à Ouragahio dans l’ouest du pays. Les dégâts matériels sont importants, de même que les besoins des populations sinistrées. Dans certaines zones, les familles sont réfugiées sur les toits, parfois dans les arbres pour tenter de sauver leur vie.

« Il y a des personnes qui doivent déménager des zones où elles sont parce qu’elles sont dans des zones à risque. Il y a aussi des besoins en vivres en ville parce que plusieurs familles ont vu leur maison emportée ou inondée par l’eau. Il y a aussi des personnes à qui on doit trouver des logements au niveau d’Abidjan. Pour intervenir, nous avons mis en place un système d’alerte précoce, nous faisons de la sensibilisation, nous donnons l’information sur les mesures à prendre dans des situations d’inondations », explique Emmanuel Kouadio, le secrétaire général de la Croix-Rouge Côte d'Ivoire.

L’aide aux sinistrés commence à s’organiser dans la ville. Par exemple, la députée de Cocody, Jasmina Ouegnin, a mis à disposition d’associations sa permanence où les Abidjanais sont invités à déposer de la nourriture, des vêtements ou de l’eau. On assiste à un important mouvement de solidarité à Abidjan. Sur les réseaux sociaux, les appels aux dons pour venir en aide aux sinistrés, se multiplient. Des dons qui sont en train d’être triés par des bénévoles et qui seront ensuite distribués dans les quartiers sinistrés.

Colère à Abidjan

Le choc est à la hauteur de la peine pour les Abidjanais qui s’interrogent et parfois s’insurgent sur les raisons de ce drame. Plusieurs d’entre eux rencontrés par RFI ou qui s’expriment sur les réseaux sociaux incriminent une mauvaise gestion de la voirie, des canaux d’évacuation de la capitale économique où se mélangent allègrement eaux usées et eaux pluviales. Et ils dénoncent une urbanisation anarchique d’Abidjan au mépris des règles de sécurité et de la topographie naturelle de la ville avec ses bassins versants.

Lors d’une cellule de crise, lundi, le gouvernement a déploré cette situation en affirmant travailler avec les communes pour relocaliser les populations et assainir les zones dites à risques. Un travail de longue haleine, affirme le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly, un travail qui est répété chaque année, mais qui ne semble pas produire beaucoup d’effet : 15 à 28 morts depuis quatre ans à cette saison. C’est la facture à payer pour les Abidjanais lorsque s’abattent ces pluies diluviennes sur leur tête.

Ce matin, les opérations de secours des sapeurs-pompiers ont pris fin. Mais ils restent en alerte. D'ailleurs, dans les quartiers, les habitants scrutaient le ciel avec inquiétude car ils savent que la saison des pluies est bien loin d’être finie. Et à chaque averse, les estomacs se nouent.