Maroc: 3 ans de prison pour un journaliste qui a suivi les manifestations du Rif

La cour d'appel de Casablanca a condamné le journaliste Hamid El Mahdaoui (photo d'illustration).
© Getty Images/appassionato fotografo viaggiatore

Jeudi 28 juin, la cour d’appel de Casablanca a infligé 3 ans de prison au journaliste Hamid El Mahdaoui, directeur du site d’information Badil, en marge du procès du Hirak. Dans la semaine, cette même cour avait prononcé des peines de prison à l’encontre des 53 membres du mouvement de contestation de la région du RIF. Les 4 meneurs en particulier ont été lourdement condamnés.

Hamid El Mahdaoui a écopé de trois ans de prison en appel. Il était poursuivi pour « non-dénonciation d'une tentative de nuire à la sécurité intérieure de l'Etat ». Le journaliste de 39 ans avait été arrêté en juillet 2017 dans la ville d’Al Hoceïma, alors qu'il couvrait un rassemblement du mouvement. La justice lui reprochait de n'avoir pas averti la police après avoir reçu un appel d'un marocain résidant aux Pays-Bas évoquant « des armes destinées au Hirak », dont des tanks.

Le directeur du site d'information Badil s'est défendu en déclarant avoir considéré ce contact comme « un fou, un menteur », qui cherchait « à le piéger » : « Je n'ai jamais pris ses dires au sérieux », a-t-il déclaré devant la chambre criminelle de la cour d'appel de Casablanca.

Il était jugé, dans un premier temps, avec les 53 autres prévenus, inculpés pour leur participation au mouvement. Revirement en début de semaine : la justice décide de traiter son dossier à part car les parties civiles, représentant l'Etat et ses agents n'ont pas demandé de sanctions contre lui. Sans succès. Le talent oratoire et l'argumentation du journaliste n'ont pas convaincu les juges. Il passera 3 ans en prison.

Une condamnation « ridicule »

Maitre Mohamad Zayan, son avocat, est abasourdi : « On s’attendait à un acquittement. Ce n’est pas possible qu’un journaliste puisse être à la merci de n’importe quel farfelu pour se retrouver en prison pour non-dénonciation de crime contre la sécurité de l’Etat. Qui peut acheter des armes en Hollande, surtout des blindés, pour les ramener au Maroc, via la ville de Setta ? C’est tellement ridicule. J’ai l’impression que le régime ne contrôle plus rien et qu’il croit à n’importe quelle boutade ». Maitre Zayan va bien sûr faire appel de ce jugement.

Le mardi soir, six autres journalistes avaient déjà été condamnés à des peines allant de 2 à 5 ans de prison pour « diffusion de fausses nouvelles » et « usurpation de la profession de journaliste ». Des peines d'une « extrême sévérité » pour Reporters sans frontières.

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