Sécurité, culture et développement au cœur de la rencontre Buhari-Macron

Le président français Emmanuel Macron lors de la conférence de presse avec le président du Nigeria Muhammadu Buhari, à Abuja, le 3 juillet 2018.
© Ludovic MARIN / POOL / AFP

Après son passage en Mauritanie, lors du 31e sommet de l'Union africaine, le président français Emmanuel Macron est arrivé ce mardi 3 juillet à Abuja, la capitale fédérale du Nigeria, où il a été reçu par son homologue nigérian Muhammadu Buhari. Puis il a surpris, en se rendant au night-club New Afrika Shrine, ouvert en 2000 par le fils du célèbre musicien Fela Kuti.

La longue discussion entre Muhammadu Buhari et Emmanuel Macron a été marquée par trois grands sujets. La lutte contre Boko Haram, d'abord. Dans la continuité de la politique menée par François Hollande, Emmanuel Macron va soutenir l'action de l'armée nigériane, notamment en matière de renseignement.

Ensuite, sur le plan du développement économique, l'Agence française de développement va engager 75 millions d'euros pour l'adduction d'eau à Kano, la grande ville du nord du pays. Elle va également engager 200 millions de dollars pour l'amélioration des transports urbains à Lagos, une mégalopole de 20 millions d'habitants.

Enfin, il a été question de développement culturel. A Lagos, Emmanuel Macron lancera l’organisation de la saison « Les Afrique/s en France », qui se tiendra dans l'Hexagone en 2020. Le Nigeria y sera à l'honneur avec ses musiciens, ses cinéastes ou encore ses créateurs de mode.

« Une occasion pour retrouver des lieux qui m'ont beaucoup marqué »

Un choix affectif - c'est au Nigeria que M. Macron a effectué son stage de jeune énarque, il y a quinze ans -, mais surtout stratégique. Cela répond à l'agenda qu'il s'était fixé lors de son discours de Ouagadougou en novembre dernier. Pour rapprocher la France de l'Afrique, le président français déploie en effet une stratégie non seulement économique, mais également culturelle.

Mardi soir, à Lagos, Emmanuel Macron est monté sur la scène du Shrine, le temple musical de Fela Kuti, pour rendre hommage non seulement à la création musicale, mais aussi à l'industrie du cinéma, qui a créé quelque 300 000 emplois au Nigeria, soit presque autant que le pétrole. Et ainsi, illustrer sa stratégie.

Le président français Emmanuel Macron, sur la scène du Shrine avec la chanteuse béninoise Angélique Kidjo, le gouverneur de l'Etat de Lagos Akinwunmi Ambode et le chanteur sénégalais Youssou N'Dour, le 3 juillet 2018. © REUTERS / Akintunde Akinleye

« Je le dis sur le ton de la boutade, c'est une occasion pour retrouver des lieux qui m'ont beaucoup marqué. Ensuite, c'est aussi reconnaître pleinement le rôle que le Shrine a joué et joue dans l'histoire culturelle du Nigeria, mais aussi plus largement de l'Afrique », a confié le président français.

« Ça n'a étonné personne quand je suis allé au Albert Hall »

« Le premier Shrine a été un lieu culturel, politique, extrêmement fort au moment de l'indépendance du Nigeria, et Fela Kuti a créé à lui seul un genre musical, mais a su créer aussi la présence et la vitalité d'une société civile contestataire », a rappelé Emmanuel Macron, y voyant « quelque chose d'assez unique en Afrique ».

« Le nouveau Shrine a été ensuite ouvert, un lieu de vitalité musicale, de créativité », a alors expliqué le chef de l'Etat français, visiblement ravi de retrouver les lieux qu'il avait fréquentés en 2002, et s'amusant à exquiver la question d'une journaliste nigériane qui lui demandait des détails sur l'époque. « Tout ce qui est arrivé au Shrine doit rester dans le Shrine », a-t-il plaisanté.

Et d'ajouter : « Nous, ça nous surprend qu'un président français aille au Shrine, mais ça n'a étonné personne quand je suis allé au Albert Hall, ou si j'allais au Met ou autre. Les grands lieux de la culture occidentale, ça n'étonne pas si un président y va, mais ça paraît absurde qu'on aille dans un lieu de grande culture africaine. C'est aussi ça que nous devons changer. »

La visite d'Emmanuel Macron au Shrine de Lagos
04-07-2018 - Par Christophe Boisbouvier


■ Confidences sur le G5 Sahel

Lors de son étape à Abuja, M. Macron a tout de même parlé politique avec ses hôtes. Mais visiblement, ce n'était pas la priorité de sa visite. En revanche, plus tôt dans l'avion qui le menait de Nouakchott à Abuja, il s'est laissé aller à quelques confidences sur la stratégie à venir du G5 Sahel. La veille au soir, il avait rencontré les chefs des Etats de cette coalition contre le terrorisme au Sahel.

Après l'attentat mené vendredi dernier contre le quartier général du G5 Sahel à Sévaré, au centre du Mali, ces chefs d'Etat souhaitent provoquer un choc psychologique et remplacer tout le commandement de Sévaré. Selon Emmanuel Macron, le général Didier Dacko lui-même pourrait être remplacé.

Le président français a également dévoilé le calendrier opérationnel du G5 Sahel. Dans les trois mois qui viennent, la livraison des armes lourdes devrait être terminée d'ici la fin du mois d'août. Après la saison des pluies, en octobre, devraient commencer de nouvelles opérations antijihadistes, notamment sur le fuseau centre.

À la Une de la presse africaine : double casquette pour Macron au Nigeria

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