Le président somalien achève une visite historique en Erythrée

Le président érythréen, Issayas Afewerki (G) marchant à côté du président somalien, Mohamed Farmajo, à son arrivée à Asmara, en Erythrée, pour une visite de trois jours, le 28 juillet 2018.
© Reuters

Le président somalien, Mohamed Farmajo, vient de passer trois jours chez son voisin érythréen alors que les deux pays n’avaient plus de relations diplomatiques depuis quinze ans. Des tensions qui sont dues à la guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée dont les tensions s’exportaient en Somalie. Cependant, à la faveur de la paix signée entre Addis-Abeba et Asmara, il y a quelques semaines, la Somalie réalise un spectaculaire rapprochement avec son voisin.

C’est une véritable lune de miel qu’ont vécu les présidents somalien et érythréen pendant trois jours. Mohamed Farmajo et Issayas Afeworki ont décidé de rétablir leurs relations diplomatiques. Les ambassades des deux pays devraient prochainement rouvrir à Mogadiscio et Asmara. L’Erythrée a, au passage, reconnu officiellement le gouvernement somalien.

Les sujets qui fâchent ont été soigneusement évités. Les deux chefs de l’Etat ont préféré parler de ce qui rapproche leurs deux nations. Ainsi, lors d’un banquet en l’honneur de son hôte, Issayas Afeworki a évoqué les liens historiques des deux peuples, leur amitié et leur solidarité.

« Le conflit et l’instabilité sont proches de leur fin. Nous entrons dans une nouvelle phase de transition », a déclaré le chef de l’Etat érythréen qui a reconnu le gouvernement somalien en précisant qu'Asmara « soutenait l'indépendance politique et la souveraineté somaliennes ».

Ce sont des propos qui tranchent, après les quinze années de brouille. L’Ethiopie et l’Erythrée ont, pendant longtemps, exporté leur affrontement en Somalie. Addis-Abeba a, par exemple, régulièrement soutenu l’Etat central somalien, tandis que l’Erythrée était accusée de soutenir les insurgés islamistes et notamment les terroristes shebabs, ce qu’Asmara a toujours nié. Néanmoins, la communauté internationale a imposé de sévères sanctions contre l’Erythrée. Ces dernières pourraient désormais être levées.


Analyse

Rashid Abdi est le directeur de l'International Crisis Group pour la Corne de l'Afrique. Il explique que le réchauffement des relations entre l'Erythrée et ses deux voisins pourrait entraîner la fin des sanctions internationales qui pèsent contre Asmara.

« Il y a beaucoup de pression sur le Conseil de sécurité pour qu'il lève les sanctions. L'Ethiopie a envoyé un signal pour indiquer qu'il souhaite leur retrait. D'ailleurs il y a un mouvement régional qui est en train de naître pour dire que l'Erythrée doit être récompensée pour ses efforts. Et c'est logique. La raison d'être de ces sanctions c'était parce qu'Asmara soutenait les terroristes ismalistes somaliens shebabs. L'Erythrée tentait d'influencer la politique régionale de façon très dangereuse, et aidait les mouvements rebelles armés. Tout cela est désormais terminé. Donc il n'y a plus vraiment de raison de maintenir ces sanctions. Maintenant il y a des problèmes non résolus concernant les droits de l'homme mais je crois que le Conseil sera réticent à punir l'Erythrée pour ses problèmes internes. Enfin, d'un point de vue européen, l'Erythrée doit être récompensée à cause de la crise migratoire. Si les sanctions sont levées, l'Erythrée devrait alléger son service militaire impitoyable, qui est un facteur majeur d'immigration. Ça pourrait retenir une partie des jeunes qui cherchent à fuir vers l'Europe. »

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