Ethiopie: Abiy Ahmed Premier ministre, quatre mois de chambardement

Le Premier ministre ethiopien Abiy Ahmed au Parlement d'Addis-Abeba, le 19 avril 2018.
© REUTERS/Tiksa Negeri/File Photo

Depuis le 27 mars dernier, l'Ethiopie a un nouveau Premier ministre. Et depuis quatre mois, Abiy Ahmed mène des réformes spectaculaires, qui sont en train de bouleverser la géopolitique de la Corne de l'Afrique. Il a pris les rênes du pays alors qu'une contestation anti-gouvernementale durait depuis 2015, avec une brutale répression. Et a obtenu un succès majeur, en signant la paix avec l’Erythrée voisine, après des années de conflit.

Dans son discours d’investiture, Abiy Ahmed avait d’entrée annoncé qu’il travaillerait à une paix durable avec l’Erythrée. Puis tout s’est enchaîné très vite. Début juin, le pouvoir a déclaré qu’il allait appliquer l’accord de paix d’Alger signé en 2000, et rétrocéder à son voisin la ville frontalière de Badmé, source de fortes tensions. Dans le même temps, l’Ethiopie a demandé à l’Erythrée d’accepter sa main tendue. Ce que son voisin a fait.

S’en est suivi une visite sans précédent d’une délégation à Addis-Abeba. Abiy Ahmed a réalisé un déplacement historique en Erythrée. Chemin inverse pour le président Issayas Afewerki, qui est allé en Ethiopie. Enfin, un accord de paix a été signé entre les deux hommes. Tout cela en quelques semaines, après 20 ans de rupture diplomatique et des dizaines de milliers de morts.

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Le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed et le président érythréen Isaias Afwerki, le 16 juillet 2018 à Addis-Abeba. © REUTERS/Tiksa Negeri

Comment le Premier ministre a pu réaliser ce tour de force ?

C'est probablement le style qui a payé. Dès son arrivée au pouvoir, le très jeune Premier ministre, qui n'a que 41 ans, s’est lancé dans une série de réformes sur un rythme effréné. Il a annoncé une modification de la Constitution en faveur de plus de démocratie, l’ouverture du capital de grandes entreprises publiques au secteur privé.

Il a aussi signé un accord avec l’Egypte et le Soudan au sujet du grand barrage de la Renaissance, que l’Ethiopie construit sur le Nil et qui inquiète ses voisins. Et a rapidement acquis une grande popularité, ce qui lui a donné les mains libres. Aussi, la situation économique délicate du pays, qui est enclavé, fait qu’il a besoin de débouchés vers la mer. Enfin, la contestation populaire devenait telle qu’il fallait du changement dans la gestion du pouvoir.

Le Premier ministre a beaucoup agi pour calmer la grogne

Il faut rappeler que les rênes du pouvoir sont détenues par la minorité ethnique des Tigréens. Or, depuis 2015, le pays est secoué par une forte contestation antigouvernementale venue de la région des Oromo, l’ethnie majoritaire, mais également des Amhara. A laquelle s’ajoutent des affrontements ethniques avec la minorité des Somali. C’est une situation à haut risque pour le pouvoir.

Or, avec Abiy Ahmed, on a pour la première fois un Premier ministre oromo. Et il a tout de suite travaillé à la réconciliation. Dans son discours d’investiture, il a tendu la main à l’opposition. Il a demandé pardon suite à la répression des manifestations. Puis il a joint le geste à la parole.

Plusieurs centaines de personnes ont été libérées et son premier voyage officiel à l’intérieur du pays a été dans la région Oromia, centre de la contestation. Le chef du parti Ginbot 7 a été relâché et le groupe des Amhara a été retiré de la liste des mouvements terroristes. Enfin, Abiy Ahmed a fait lever l’état d’urgence. Depuis, le pays est plus apaisé, et encore une fois, le Premier ministre est devenu une star.

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Meeting de soutien au Premier ministre Abiy Ahmed à Addis-Abeba, le 23 juin 2018. © REUTERS/Maheder Haileselassie/File Photo

Abiy Ahmed n’est pas au bout de ses peines pour autant

C'est certain, l'Ethiopie reste dans une situation économique délicate. Avec toutes ces réformes, Abiy Ahmed ne se fait pas que des amis. Selon le chercheur Rashid Abdi, cela crée du ressentiment parmi la minorité tigréenne, qui détient le pouvoir. Le chef du gouvernement a déjà été victime d’une tentative d’attentat fin juin.

Et puis, les violences dans les régions ne sont pas terminées. Lundi, le Conseil éthiopien des droits de l’homme a publié un rapport dans lequel il dénonce les exactions des forces de l'ordre lors de ses interventions dans les régions oromo et somali. L’ONG parle de 160 morts chez les Oromo, 451 tués pour la communauté somali. Sans compter des viols, les déplacements de populations, les destructions et des dizaines de personnes encore disparues.

Selon le spécialiste, le style d’Abiy Ahmed pourrait se retourner contre lui. Il veut tout faire, tout seul, trop vite. Il contourne les institutions et son parti. Pour Rashid Abdi, le chef du gouvernement doit déléguer. Il ne peut pas être le centre de tout. Il doit se faire des alliés, au Parlement, dans les institutions, dans son gouvernement, dans son parti. Car toutes les réformes qu’il a lancées sont réversibles.

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