RDC: la non candidature de Kabila soulage les milieux diplomatiques

Le président de la République démocratique du Congo, Joseph Kabila, arrive à une réunion avec des membres de la coalition dans sa ferme de Kingakati, en dehors de Kinshasa, le 7 août 2018.
© REUTERS/Kenny Katombe

En République démocratique du Congo, la non candidature de Joseph Kabila pour la présidentielle du 23 décembre prochain a suscité des réactions de soulagement parmi les milieux diplomatiques. Une bonne nouvelle pour l'alternance politique au sommet de cet Etat d'Afrique centrale.

Au sein des milieux diplomatiques, c'est le soulagement. « C’est une étape très importante », se réjouit un ambassadeur. A l’approche de la date butoir, l’inquiétude était remontée d’un cran dans les milieux diplomatiques. Si Joseph Kabila avait annoncé sa candidature, comment réagir alors face à un chef de l’Etat devenu intransigeant sur sa souveraineté, comme en témoigne la crise qui perdure avec la Belgique et, sans risquer, c’était la crainte, le scénario d’un durcissement tel qu’observé au Burundi ? L’équation s’annonçait compliquée.

Le bras de fer final est évité. Pour autant, le choix d’Emmanuel Ramazani Shadary suscite un certain malaise. « Un choix logique, mais problématique », résume une source onusienne. D’abord, l’ex-ministre de l’Intérieur est sous sanction de l’Union européenne pour entrave au processus électoral. Comment donc traiter avec lui s’il était élu et que les sanctions étaient renouvelées à leur échéance en décembre prochain ? Problématique aussi, car potentiellement « il représente le scénario du dauphin provisoire », explique une autre source qui craint le scénario d’une succession à la Poutine, cette fois qui verrait le président Kabila partir en apparence pour mieux revenir plus tard.

Fidèle parmi les fidèles, Emmanuel Ramazani Shadary osera-t-il tuer le père et surtout redistribuer les cartes dans l’appareil sécuritaire s’il est élu alors que Joseph Kabila a bien pris soin d’y faire revenir récemment à des postes-clés ses généraux les plus fidèles ? Autant de questions qui agitent les milieux diplomatiques à Kinshasa.

C’est quand même un acte tout à fait exceptionnel. […] Je salue la décision du président Kabila de garantir l’ordre constitutionnel
Louis Michel, eurodéputé et ancien ministre des Affaires étrangères belge
10-08-2018 - Par Pierre Firtion

Les alternances se font rares en Afrique Centrale...il y a deux écoles

L'Afrique centrale est d'abord une Afrique d'hommes forts. Depuis 2015, au Burundi, Pierre Nkurunziza a fait le choix de rester au pouvoir pour un troisième mandat. Juste de l'autre côté du fleuve Congo, troisième mandat consécutif également en 2016 pour Denis Sassou-Nguesso même si le chef de l'Etat congolais avait déjà passé plus de 30 ans au pouvoir.

En 2016 également, l'Ougandais Yoweri Museveni en était déjà à son 5e mandat, il a quand même fait changer sa Constitution directement après l'élection pour pouvoir se représenter à nouveau en 2021. Même chose pour Paul Kagame, le chef d'Etat rwandais et président en exercice de l'Union africaine s'est fait élire en 2017 pour un troisième mandat avec 98% des voix et peut rester au pouvoir jusqu'en 2034. Autant dire que l'exemple en matière de voisins, c'était plutôt de se maintenir au pouvoir.

Le vent du changement vient plutôt de l'Afrique australe. Un vent de changement tout relatif, puisque l'alternance observée au sein de la SADC se limite à une alternance au sein du parti au pouvoir, souvent d'ailleurs des partis qui sont des mouvements indépendantistes. C'était ce que les chefs d'Etat de la communauté d'Afrique australe défendaient a minima auprès de Joseph Kabila. L'Angola a fait ce choix, celui d'un parti-Etat fort et remplacé José Eduardo dos Santos par João Lourenço, tout comme au Zimbabwe ou en Tanzanie.

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