Citoyenneté économique aux Comores: l'ex-président Sambi en détention préventive

Ahmed Abdallah Sambi, président comorien, au palais présidentiel, le 13 avril 2010.
© AFP / Tony Karumba

Ahmed Abdallah Sambi, au pouvoir aux Comores entre 2006 et 2011, vient d'être placé en détention préventive à son domicile. L'annonce a été faite ce 21 août par le procureur de la République. L'ancien président est accusé de détournement de deniers publics lorsqu'il était encore à la tête de l'Etat, dans le cadre de l'affaire dite de la « citoyenneté économique », un programme destiné à financer le développement du pays.

Entendu pour la première fois au tribunal et par un juge d'instruction, l'ancien président de la république a été inculpé et placé en détention préventive pour détournement de deniers publics, corruption, forfaiture ainsi que faux et usage de faux.dans le cadre de l'affaire dite de la « citoyenneté économique ».

Le procureur de la république Mohamed Abdou certifie que « suivant un arrêté ministériel, son domicile a été annexé comme étant une partie de la maison d'arrêt de Moroni. Il est d'ailleurs en cours d'aménagement pour que les conditions de détention soient respectées dans sa résidence privée ».

Concernant la procédure relative à la citoyenneté économique, j'annonce que l'ancien président de la République, Ahmed Abdallah Sambi, a été inculpé hier par le juge d'instruction et placé en détention préventive.

Le procureur de la République des Comores, Mohamed Abdou
21-08-2018 - Par RFI

Comme chaque détenu, l'ancien chef de l'Etat a été privé de tout moyen de communication avec l'extérieur. Il n'a donc plus accès à la télévision, au téléphone ou à un ordinateur.

Une situation qui inquiète l'un de ses soutiens, le député Abdallah Tocha Djohar. « Là, on ne peut pas le joindre ni par téléphone ni par messenger ni par quoi que ce soit. Donc là c'est le black-out total. Ça ne rassure pas. On ne sait pas ce qu'il mange. Ce qu'ils lui donnent à manger. On ne sait pas exactement les conditions de sa détention. »

Mais son avocat a pu lui rendre visite et le confirme, aujourd'hui Ahmed Abdallah Sambi est un prisonnier comme les autres. Me Mahamoud Ahamada espère un interrogatoire sur le fond rapidement dans cette instruction. Selon lui, c'est souvent la condition sine qua non pour accéder à la liberté.

Commission d'enquête parlementaire

Aux Comores, l'affaire dite de la « citoyenneté économique » remonte à 2008, quand Ahmed Abdallah Sambi, alors président, lance un programme destiné à donner la citoyenneté comorienne à des populations apatrides du Koweït et des Emirats arabes unis en échange d'investissements des deux pays dans l'archipel.

L'accord initial portait sur 4 000 familles pour 200 millions de dollars d'investissements. Finalement, près de 48 000 passeports comoriens ont été émis, selon un rapport parlementaire rendu public au mois d'avril. Sauf que d'après ce document, 971 millions de dollars de recettes ne sont jamais arrivés dans les caisses de l'Etat comorien.

Le texte pointe la responsabilité des deux prédécesseurs de l'actuel président Azali Assoumani. Cette procédure judiciaire contre Ahmed Abdallah Sambi fait donc suite à la publication de ce rapport d'enquête.

Un « manipulation » selon ses soutiens

Mais selon le député Abdallah Tocha Djohar, membre de cette commission d'enquête, une version erronée de leur rapport a été remise à la justice. « Ce n'est pas le même rapport. C'est un rapport qui a été truqué. C'est de la manipulation. Il n'y a que de la manipulation politique dans ce rapport. »

De son côté, le fils de l'ancien président a posté sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il dénonce une détention sans preuve.

Ahmed Abdallah Sambi est l'un des principaux adversaires de l'actuel président, Azali Assoumani. L'ancien dirigeant n'en est pas à son premier démêlé judiciaire. Il était en résidence surveillée depuis 4 mois pour « trouble à l'ordre public ».

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.