Madagascar: une enquête éclaire les chemins du trafic de bois de rose

Bois de rose à Masoala, dans le nord-est de Madagascar, une des forêts victimes du trafic de ce bois précieux.
© Laetitia Bezain/RFI

On ne présente plus le bois de rose, cette essence précieuse endémique à Madagascar : les forêts de l’île sont régulièrement pillées et les rondins exportés en catimini vers l’Asie, en particulier la Chine, le plus gros marché, où ils se vendent à prix d’or pour l’ameublement de luxe. À Madagascar, l’Organized Crime and Corruption Reporting Project (OCCRP) a longuement enquêté sur ce trafic juteux et ses dessous. Pour ce faire, deux journalistes de l’organisation se sont fait passer pour des représentants d’un acheteur chinois.

Comment le bois de rose, interdit d’exportation, fait-il concrètement pour quitter Madagascar et arriver jusqu’en Chine ? C’est le plus gros négociant en bois de rose de l’île qui a répondu aux journalistes sous couverture (ils ont préservé son anonymat pour des raisons de sécurité).

D’abord, les rondins sont payés à l’avance, 40 % du prix, ce qui couvre la coupe et l’acheminement. Mais ce prix peut être diminué de moitié, voire divisé par quatre si l’acheteur possède un appui politique puissant à Madagascar, comprendre assez puissant pour garantir l’expédition. C’est le cas de figure le plus fréquent des clients asiatiques écrivent les journalistes.

Ensuite, avant d’arriver en Chine, le bois transite par des petits ports peu surveillés - à la Réunion, à Mayotte ou plus fréquemment à Maurice - ce qui rend plus facile son transfert vers d’autres navires et surtout impossible à tracer.

La vanille comme subterfuge

Enfin, le négociant révèle que la technique préférée des trafiquants pour faire quitter la précieuse essence de l’île est de la dissimuler sous la forme de… cargaison de vanille. Son exportation est, elle, légale, et une des plus lucratives de Madagascar. La cargaison de bois est étiquetée comme de la vanille de très haute qualité, avec quelques frais en plus sur la déclaration douanière d'exportation et le tour est joué.

Les journalistes établissent par ailleurs dans leur enquête la constante protection politique de ce trafic. Ils épinglent les candidats Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina. Un sujet qui pourrait s’inviter dans l’élection présidentielle de fin d’année.

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