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RDC ONU

Elections en RDC: inquiétude partagée de la Cenco, des Etats-Unis et de l'ONU

Une femme passe devant le siège de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) le 5 novembre 2017 à Kinshasa.
© JOHN WESSELS / AFP

Le Conseil de sécurité des Nations unies s'est à nouveau penché la nuit dernière sur le processus électoral en République démocratique du Congo (RDC), alors que la contestation grandit autour de la publication des listes provisoires des électeurs. Deux figures de l'opposition, Moise Katumbi et Jean-Pierre Bemba, pourraient ne pas pouvoir se présenter à la présidentielle. Plusieurs personnalités étaient invitées à New York pour cette session, dont le président de la conférence épiscopale, Monseigneur Marcel Utembi Tapa.

Pour la deuxième fois, cette année, la Conférence épiscopale de République démocratique du Congo (RDC), la Cenco, était invitée lundi soir à s'exprimer devant le Conseil de sécurité des Nations unies.

Le président de la Conférence épiscopale, Monseigneur Marcel Utembi Tapa, s'est inquiété du manque de consensus et d'inclusivité de ces élections. « Que l'on évite de forcer l'interprétation des lois et de manipuler la justice dans le but d'exclure de façon arbitraire certains candidats de la compétition électorale, a-t-il exhorté. Les élections non-inclusives constitueront un préjudice au processus de la participation du pays ».

L'ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley, a elle aussi commenté l'exclusion de certains candidats. « Nous sommes très inquiets suite à la décision de la Céni [Commission électorale] le 24 août dernier d'exclure certains candidats de l'opposition pour ce qui semble être des raisons politiques, a-t-elle déclaré. Ce n'est pas de cette manière qu'un processus électoral ou une commission électorale devrait fonctionner ».

« Nous félicitons les candidats qui pensent avoir été injustement écartés pour leur choix d'utiliser les moyens de recours qui leur sont ouverts, a poursuivi Nikki Haley. En se soumettant aux règles du pays, l'opposition et la société civile ne font que d'avantage démontrer à quel point la Commission électorale a perdu de son indépendance depuis le début du mandat de Corneille Nangaa [président de la Céni] ».

Défi logistique

L'inquiétude est aussi partagée par la Mission des Nations unies dans le pays, la Monusco, comme l'a répété à plusieurs reprises sa directrice, l'Algérienne Leila Zerrougui : la perception de la crédibilité du processus électoral reste une question-clef. « Il est entre autres reproché à la Céni d'avoir outrepassé ses prérogatives en excluant des candidatures sur la base d'interprétation de la loi électorale, ce qui, pour les concernés, relèvent de la compétence exclusive de la Cour constitutionnelle, a-t-elle déclaré. En dépit des progrès réalisés et des assurances du gouvernement, la période qui s'annonce sera marquée par des contestations et d'intenses consultations politiques ».

L'autre problème soulevé par la Monusco, comme par les Etats-Unis, c'est l'organisation des élections : manque de consensus autour de la machine à voter et défis logistiques. Officiellement, la RDC n'a toujours pas accepté le soutien de la Monusco.

Pour l'ambassadrice américaine auprès des Nations unies, Nikki Haley, s'il est  « admirable que la RDC souhaite assurer seule l'organisation des élections, la véritable question aujourd'hui est de savoir si c'est faisable ». Elle soulève devant le Conseil de sécurité toutes les questions que se pose aujourd'hui la communauté diplomatique :

« Comment la Ceni compte-elle transporter le matériel électoral vers plus de 90 000 bureaux de vote ? Est-ce qu'il y aura suffisamment de machines à voter ? Ou bien est-ce que les autorités vont devoir rallonger le vote de plusieurs jours ou semaines ? Pourront-elles recharger ces machines quand leurs batteries ne tiennent que 12h ? Est-ce que cette machine a été testée à grande échelle ? Est-ce que les électeurs qui pour la plupart n'ont jamais vu un écran tactile seront l'utiliser ? Si les machines tombent en panne, est-ce que des bulletins papier ont été prévus pour les remplacer ? », a-t-elle déclamé.

La plupart des pays ont insisté sur l'importance pour la RDC d'accepter l'assistance internationale, notamment de la Monusco.

Le président de la Céni n'a pas répondu à l'invitation du Conseil de sécurité. C'est donc l'ambassadeur congolais qui a répondu. Même s'il a rappelé que l'option levée par la RDC, c'était de financer seul les élections. Mais il a laissé une porte ouverte en disant que Kinshasa restait ouvert aux propositions de ses partenaires, sans conditions et dans le respect de sa souveraineté : « Comme nous l'avons toujours souligné, notre pays reste ouvert aux apports d'autres partenaires pourvu que ceux-ci soient fournis sont conditionnalités et se fassent dans le respect de sa souveraineté », a déclaré Ignace Gata Mavita, représentant de la RDC à l'ONU.

Pour l'ambassadeur congolais, la communauté internationale a une part de responsable de l'absence de confiance envers le processus électoral dans son pays. Si elle veut aider, elle doit, a-t-il insisté, apprendre à mesurer son langage.

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