Khalifa Sall révoqué de ses fonctions de maire de Dakar par décret présidentiel

Affiche pour la libération de Khalifa Sall, maire de Dakar révoqué de ses fonctions par décret présidentiel, vendredi 31 août 2018.
© SEYLLOU / AFP

Le président sénégalais Macky Sall a révoqué de ses fonctions de maire de Dakar, Khalifa Sall, condamné en appel à cinq ans de prison pour escroquerie sur les deniers publics.

Khalifa Sall n'est plus maire de Dakar. Il vient d’être révoqué de ses fonctions par décret présidentiel. Cette décision tombe 24 heures après la confirmation par la Cour d’appel de sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme et 5 millions de francs CFA d’amende.

Dans l’entourage de Khalifa Sall, la décision a fait l’effet d’un coup de massue. Dans son clan, personne ne s’y préparait. Son conseiller politique Moussa Taye refuse pour le moment de s’exprimer, encore sous le choc d’une telle mesure.

Ses avocats estiment en revanche que ce décret présidentiel est « illégal », que c’est « une bavure » car la condamnation du maire de Dakar n’est pas définitive. Il reste encore le pourvoi en cassation. Le camp de l'opposant, lui, dénonce une décision politique et se dit choqué que cette révocation ait pu intervenir avant même la fin de la procédure devant les tribunaux.

Pour maître Ciré Cledor Ly, l'un des avocats de Khalifa Sall, c'est la preuve de l'absence d'indépendance de la justice : « Si le décret a été signé ce matin et en même temps publié, cela veut dire qu'il a été peaufiné, préparé, corrigé, écrit, et en fait il n'y avait que la date qui a été apposée. Parce qu'on ne peut pas comprendre comment la cour d'appel a pu rendre une décision après les secrets d'un délibéré et qu'immédiatement, un président de la République, qui n'a même pas encore l'arrêt parce que l'arrêt n'est pas encore délivré, puisse viser cette décision. Cela veut dire que la justice est arrimée aux basques du pouvoir exécutif. »

« Le résultat de leurs propres actes » pour Seydou Guèye

La révocation de Khalifa Sall par les autorités s'appuie sur une disposition du code général des collectivités territoriales qui prévoit une telle mesure en cas de condamnation pour « faux en écritures publiques » et « utilisation des deniers publics de la commune à des fins personnelles ou privées ».

Pour Seydou Guèye, porte-parole du gouvernement, cette sanction administrative est donc la suite logique de la condamnation de Khalifa Sall pour la gestion financière la ville de Dakar :

Ce que disent les textes, c'est qu'une condamnation simple d'un maire ou d'un adjoint suffit pour provoquer sa révocation ou sa suspension [...] A la différence d'un député, qui pour être radié de la liste des députés a besoin que sa condamnation soit définitive. Donc en terme clair, le maire de Dakar Khalifa Sall a été révoqué mais il reste député.
Seydou Guèye, porte-parole du gouvernement
01-09-2018 - Par Léa-Lisa Westerhoff

« Je pense que c'est une insulte que de vouloir résumer les personnalités politiques de notre pays à deux personnes qui n'ont jamais été candidates à une élection présidentielle et qui en l'occurrence n'ont pas de parti politique, reprend Seydou Guèye. Et pour Khalifa Sall, dans l'affaire de sa gestion financière de la ville de Dakar comme pour Karim Wade dans l'affaire de l'enrichissement illicite. Tout ce qui leur est arrivé et le résultat de leurs propres actes. Et aujourd'hui, il est inacceptable de passer son temps à insulter les magistrats. » Pour Seydou Guèye, les menaces du PDS « nous passent par dessus là tête, puisque nous sommes dans un Etat de droit et l'ordre sera maintenu et la tranquillité des citoyens sera garantie. Les élections seront organisées en toute transparence, et nous arriverons à des élections aux résultats à contestation nulle sinon marginale. »

Un communiqué du ministère de la Gouvernance territoriale estime que « la condamnation du maire de Dakar par la Cour d’appel le prive de la capacité juridique et de l’autorité morale nécessaires à l’exercice de ses fonctions ».

Le décret présidentiel doit désormais être déposé au secrétariat général du gouvernement puis publié au journal officiel avant d’être appliqué.

Il administrait Dakar depuis sa cellule

Khalifa Sall est révoqué mais pas le conseil municipal de la ville de Dakar. Ses membres ont tenu une réunion dans l'urgence, juste après la publication du décret présidentiel. D'après le code des collectivités territoriales, c'est le premier adjoint au maire qui prend les rênes en cas de révocation, pour une période transitoire. Ensuite, le conseil municipal doit élire un successeur. Si le préfet l'exige, une session extraordinaire peut se tenir dès les prochains jours, ce qui accélèrerait la nomination d'un remplaçant de Khalifa Sall.

Jusqu'à aujourd'hui, même depuis sa prison Khalifa Sall a continué d'administrer la ville de Dakar. Chaque jour ses collaborateurs lui apportent des documents à signer, il prend les décisions importantes, vérifie les ordres de missions, valide les payes. Comme si, même derrière les barreaux, rien n'avait changé. Sur le terrain, son adjointe, Soham Wardini, s'occupait des affaires courantes.

Dans l'entourage de Khalifa Sall, on affirme que même si l'identité du maire change, son empreinte, elle, n'est pas prête de disparaître.

Une nouvelle réunion, en présence de tous les maires des communes de Dakar, doit se tenir ce samedi.

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