Condamnation de Camrail au Cameroun: réactions mitigées des parties civiles

Le déraillement d'un train Yaoundé-Douala a coûté la vie à 79 personnes, le 21 octobre 2016.
© REUTERS/Josiane Kouagheu

Au Cameroun, deux ans après l'accident d'un train qui avait fait 79 morts et plus de 600 blessés, 11 salariés de Camrail ont été condamnés jeudi 27 septembre. Une décision saluée par les parties civiles, qui regrettent tout de même l'inégalité des peines entre les accusés.

L'entreprise Camrail, filiale du groupe Bolloré, a été condamnée pour homicide involontaire et activités dangereuses dans l'affaire de la catastrophe ferroviaire d'Eseka en octobre 2016. Onze prévenus, tous salariés de Camrail, ont été reconnus coupable de l'accident qui avait fait 79 morts et plus de 600 blessés. Une décision courageuse pour les avocats des nombreuses victimes qui se sont portées parties civiles. Décision qui présente aussi un certain nombre de limites selon eux.

Onze des 14 prévenus ont été reconnus coupables « d'activités dangereuses et d'homicide involontaire ». Parmi eux, l'ancien directeur général de Camrail, Didier Vandenbon. Mais le cadre de l'entreprise ferroviaire n'a été condamné qu'à six mois de prison avec sursis, alors que le chauffeur du train a lui écopé de cinq ans de prison ferme, la peine la plus lourde de ce procès. Pour l'avocat Guy Olivier Moteng, qui défend dix victimes, c'est un deux poids deux mesures injustes.

Maître Guy Olivier Moteng, avocat des victimes
28-09-2018 - Par Léa-Lisa Westerhoff

« Pourquoi il n’y a que le conducteur du train qui a écopé de la prison ferme alors que tous les donneurs d’ordre ont pris de la prison avec sursis ? Nous, en tout cas, nous pensons que cela vient casser un minimum de joie que nous avions à la déclaration de culpabilité. On a bien vu qu'on a choisi un bouc émissaire. »

Autre motif d'insatisfaction : les réparations. Plus de 500 personnes se sont constituées parties civiles. Lundi, le juge n'a statué que sur 12 cas de réparations. Pour Me Michel Voukeng, c'est totalement insuffisant : « J’estime qu’on n’a pas commencé, puisque le juge n’a même pas eu le temps de se prononcer véritablement sur la question des indemnisations. Tout ce que nous recevons jusqu’à présent, nous considérons cela comme un acompte par rapport à ce qui est dû aux victimes. »

Juste Abdon Etoundi était l'un des passagers du train 152 le 21 octobre 2016. Il a survécu à la chute de son wagon dans le ravin, mais son cou est aujourd'hui totalement paralysé. Il se dit très déçu que le juge n'ait pas accordé plus de temps à la question de l'indemnisation des nombreuses victimes.

Ce que je regrette, c’est que la justice ne prend pas en compte l’après-accident, ce que Camrail doit faire pour la suite. Parce que quelqu’un comme moi, je suis réduit à 80%. Je ne peux rien faire. Je ne peux pas travailler. Je mange comment? Aujourd’hui, à chaque fois que je dépose un dossier quelque part, dès qu’on voit mon certificat médical, on me dit: «Malheureusement, désolé, on ne peut pas travailler avec quelqu’un qui est comme toi.» Même si c’est juste aller travailler dans la boutique de quelqu’un, il va te dire: «Non, tu as trop de problèmes.» Et c’est vrai. Je ne peux pas m’asseoir plus de 45 minutes, tourner la tête à gauche. Ça me frustre tout le temps. Et quand j’ai entendu le verdict, j’attendais cela et je ne l’ai pas entendu. On attendait qu’on nous dise quelle sera notre issue. J’étais au procès. Les gens m’ont vu. Je me suis présenté. Ma vie depuis 2016 a basculé.
Juste Abdon Etoundi, victime de l'accident de train d'Eseka
28-09-2018 - Par Léa-Lisa Westerhoff

Cas par cas

Joint au téléphone par RFI, Me Serge Zangue, avocat du groupe Camrail chargé du volet « indemnisations », a réagi à la décision rendue en première instance par le tribunal de la ville d’Eseka. Il précise qu'aucune indemnisation globale n'est envisagée. Chaque cas sera étudié avec les avocats des plaignants.

« Une décision a été rendue. Il y a eu six cas ! Parce qu’elle n’était pas encore parvenue à un accord avec Camrail et ses assureurs. Et sur ces six cas, le tribunal a apporté des réponses précises, affirme l'avocat de Camrail. Maintenant, lorsqu’une décision est rendue de manière conservatoire, je conseille de faire appel. Faire appel ne signifie pas qu’on remet tout fondamentalement en cause. Pendant que nous étions en procès, des accords continuaient d’être signés. Dans ce dossier, nous sommes convaincus que, d’ici les prochains jours ou mois, nous serons à 100% dans le processus d’indemnisation. Je vais certainement retrouver mes confrères dès demain ou après-demain et nous allons en discuter. Et nous allons certainement trouver un accord, soit dans le sens de l’exécution, soit dans le sens d’une appréciation, et nous allons transiger dessus. Plus nous nous mettons d’accord et plus vite nous passerons à autre chose. »

Les avocats des victimes ont pour leur part décidé de faire opposition à ce jugement. Ils veulent revenir devant le juge pour qu'il examine en détail les indemnisations des nombreuses victimes.

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