Deux jours de couvre-feu total dans les régions anglophones du Cameroun

Vue de la ville de Buea, dans la région anglophone du Cameroun, le 27 avril 2018.
© ALEXIS HUGUET / AFP

Un an après la proclamation d’indépendance symbolique par les séparatistes des régions anglophones du nord-ouest et du sud-ouest, la tension sécuritaire y est extrême. Le tout à une semaine de l'élection présidentielle.

Beaucoup de tension dans les régions, ce lundi, à la mi-journée. Il y a un an, lors de la proclamation symbolique de cette République, il y avait eu « des dizaines de milliers de manifestants » dans les régions anglophones, selon le centre d'analyse International Crisis Group (ICG). Et au moins 40 manifestants avaient trouvé la mort dans des violences policières. Les capitales régionales, Buea au sud-ouest et Bamenda au nord-ouest, avaient été quadrillées par les forces de sécurité qui avaient arrêté des dizaines de personnes dans les violences qui ont suivi cette proclamation symbolique. Près de 40 personnes avaient été tuées.

Le nord-ouest et le sud-ouest sont sous black-out total. Ainsi peut-on résumer les « mesures spéciales » prises en vue de contenir les manifestations ou les actes de violence qui pourraient y survenir ce 1er octobre. Pendant 48h, les principales villes de ces deux régions anglophones vont vivre sous un couvre-feu particulièrement rude, étendu aussi bien en journée que pendant la nuit.

À Buea, dans le sud-ouest, les autorités administratives ont ainsi interdit toute activité de transport, aussi bien « publiques que privées ». Ils ont aussi décidé de la « fermeture des entreprises et débits de boisson ». Même les activités de loisirs sont suspendues, « qu'elles soient culturelles, sociales ou sportives ». Des mesures étendues à la ville de Tiko et à la cité balnéaire de Limbe, qui a été jusqu'ici relativement épargnée par les exactions des combattants indépendantistes.

À Bamenda, dans le nord-ouest, le gouverneur a décrété des mesures quasiment identiques, les amplifiant par « l'interdiction des rassemblements et les réunions de plus de quatre personnes ». La circulation des motos taxis « est complètement suspendue ». Les bars et autres lieux de commerce devront rester fermés.

Des militaires sur la zone

Les rares personnes encore présentes sur place sont cloitrées chez elles. Des sources évoquent également des coups de feu dans certains quartiers de la ville de Buea. Idem à Bamenda, où des affrontements opposent entre forces de l'ordre et séparatistes. La ville est déserte depuis dimanche midi. Le déploiement militaire y est massif. Un sénateur, qui a tenu à garder l'anonymat, évoque « une arrivée de soldats digne d'une opération de grande guerre ».

Ainsi, dans ces régions anglophones, le tour de vis sécuritaire a été porté à un niveau jamais égalé. Pendant ce temps, diverses sources annoncent l'arrivée en semaine du président Paul Biya à Buea, dans le cadre de la campagne électorale. Ce qui n'a pas empêché, des sécessionnistes de hisser le drapeau ambazonien dans certaines localités en lieu et place du drapeau camerounais.

Depuis plusieurs semaines déjà, les deux régions anglophones enregistrent des départs massifs d'habitants. Ceux-ci redoutent une intensification des combats, déjà devenus quasi quotidiens. En tout, selon l’ONU, on compte 200 000 déplacés, dont peut être 40 000 à Douala. La plupart sont hébergés chez des proches. Ceux qui sont restés décrivent des localités désertes. « Je n'ai plus un seul paroissien », regrette un religieux du diocèse de Manfé à l'Ouest. « lls ont tous pris la route pour Douala, Yaoundé ».

Ce prêtre parle de déploiement militaire massif dans la zone. Il décrit des routes vers Bamenda et Kumba bloquées par les « ambaboys », les sécessionnistes.
« Nous sommes totalement isolés du reste au pays. Les gens ont peur. »

Il y a quelques mois on était 6, mais aujourd’hui on est 20. Ce n’est pas facile, je n’ai pas de lits pour tout le monde, il y en a qui dorment sur la chaise, il y en a qui dorment par terre. Même manger, c’est très difficile.

En périphérie de Douala, des déplacés sont hébergés chez une membre de leur famille
01-10-2018

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