Madagascar: gros enjeux devant la Cites contre le trafic de bois précieux

Le trafic du bois de rose et de l'argent qui en est retiré se trouve au centre de la polémique à Madagascar (image d'illustration).
© Wikimedia

Ce lundi s'est ouvert à Sotchi, en Russie, la 70e réunion du comité permanent de la Convention sur le commerce international des espèces de faunes et de flores sauvages menacées d'extinction (Cites). A Madagascar, les protecteurs de l'environnement auront les yeux rivés sur la ville russe, car c'est aujourd'hui que le gouvernement malgache présente son projet d'audit et de vente des stocks de bois précieux. Un projet qui tente de répondre aux recommandations énoncées depuis plusieurs années par la Cites et permettre in fine la levée de l'embargo, décrété en 2013, sur le bois précieux de l'île. Mais la société civile s'insurge contre ce nouveau plan, dans lequel aucun mécanisme n'a été prévu pour assurer la traçabilité et la transparence de l'utilisation des fonds générés par la vente des rondins.

Devant la Cites aujourd'hui, l'Etat malgache espère redorer son blason en proposant un plan censé montrer sa volonté de faire cesser les trafics de bois précieux. Poursuite des études scientifiques pour s'assurer de la durabilité de la ressource, inventaire des bois coupés, saisis et déclarés, sanction envers les trafiquants, autant d'étapes détaillées dans le business plan du gouvernement.

Mais Ndranto Razakamanarina, président du conseil d'administration de l'Alliance Voary Gasy, la plateforme des organisations environnementales malgaches, pointe du doigt certains aspects du plan : « Théoriquement, on sait qu'aujourd'hui, il y a à Madagascar 300 000 rondins de bois de rose coupés. Et dans l'un des volets du business plan que le gouvernement va présenter au Cites aujourd'hui, il est proposé donc de racheter ces rondins-là aux alentours de 0,25 dollar le kilo aux trafiquants. En d'autres termes, c'est comme s'ils indemnisaient les voleurs. Et ça, on n'est pas d'accord du tout, parce que ça va à l'encontre de l'Etat de droit. C'est la porte ouverte vers de nouveaux trafics et c'est la continuation de la complaisance envers les trafiquants ».

La société civile propose d'autres solutions : « On peut détruire le bois, en le brûlant, par exemple. Mais aussi, on pourrait offrir ces bois-là aux artisans malagasy. Le fait que ce soit un don, cela donne un signal fort qu'il n'y a plus d'argent en jeu, et ça peut potentiellement assassiner économiquement les trafiquants. Parallèlement, ce qu'on craint aussi c'est comme on est dans une période électorale critique, c'est que cette perche tendue vers les trafiquants les pousse à monnayer le financement des campagnes de certains candidats ».

Contactée par RFI, la délégation malgache n'a pas donné suite aux demandes d'interview. L'an dernier, selon Global Forest Watch, 510 000 hectares de forêt ont disparu. C'est près de 4% de la couverture forestière de l'île : du jamais vu. Pour les défenseurs de l'environnement, la menace de ce business plan sur la forêt naturelle malgache est réelle.

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