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Madagascar

Jean-Omer Beriziky: «Gouverner, pour moi, c'est d'abord servir et non se servir!»

Jean-Omer Beriziky en décembre 2013 lors d'une conférence de presse alors qu'il était encore Premier ministre de Madagascar.
© ALEXANDER JOE / AFP

Il se définit comme « un enfant de la brousse qui a reçu la grâce de faire de hautes études ». Originaire de la région Sava (la région de la vanille), au nord de la Grande Île, Jean-Omer Beriziky entame une carrière de professeur d'histoire après des études en France. A 45 ans, il est nommé ambassadeur auprès de l'Union européenne à Bruxelles. Un poste qu'il occupera pendant 11 ans. En 2011, le diplomate reconnu pour ses talents de médiateur et apprécié de la communauté internationale, est choisi par Andry Rajoelina pour devenir Premier ministre d'union nationale durant le régime de Transition. Il restera deux ans à la tête du gouvernement. A 68 ans, pour la première fois de sa vie d'homme politique, il se présente à l'élection présidentielle de son pays.

RFI : Jean-Omer Beriziky, vous êtes le candidat numéro 19, l’un des 36 concurrents à l’élection présidentielle malgache. Pourquoi avez-vous décidé de vous porter candidat ?

Jean-Omer Beriziky : Etant donné la situation qui prévaut à Madagascar depuis quelques années maintenant et l’espoir déçu de la sortie de crise et de l’élection d’un président de la République qui n’a pas rempli son devoir d’unir la population autour d’un programme défini de développement, je pense que j’ai le devoir de me présenter à cette élection présidentielle.

Quelles sont vos forces pour remporter cette élection ?

Je pense que les gens ont bien compris que j’ai fait de mon mieux pour remplir les missions qui m’ont été confiées, que ce soit à l’extérieur ou encore à l’intérieur du pays. Vous savez, conduire un gouvernement d’union nationale avec différentes mouvances politiques qui avaient proposé leurs ministres – pas seulement proposé, mais imposé pratiquement –, il fallait avoir beaucoup de courage et je pense avoir réussi quand même à amener le pays vers une élection crédible dont le résultat a été accepté par tout le monde.

Un terme que l’on entend souvent revenir en ce moment dans les médias c’est le « vote ethnique ». Pour cette élection de 2018, beaucoup d’électeurs souhaitent avoir une ethnie différente de celle habituellement représentée à la tête de l’Etat, à savoir les « Merina », l’ethnie des Hauts-Plateaux. Vous ne faites pas partie de cette ethnie-là. Est-ce que pour vous c’est un atout ?

Je ne sais pas s’il s’agit d’un atout. Mais en tout cas je pense que ceux qui ont gouverné ce pays, issus de cette ethnie, n’ont pas été des présidents qui ont acquis la confiance de la population. Les trois qui se sont succédé en tout cas.

Donc Marc Ravalomanana, Andry Rajoelina et Hery Rajaonarimampianina ?

Voilà, tout à fait. Aujourd’hui, les gens pensent que les « Merina » flouent un peu l’électorat. Est-ce que c’est vrai ou pas ? Je n’en sais rien du tout.

Mais ferez-vous campagne là-dessus ?

Ah non, ça non ! Parce que je suis fermement convaincu que c’est pour la nation que l’on doit travailler et non pour une région. En revanche, je pense qu’il faut maintenant convaincre la population de voter pour un candidat propre, un candidat qui a de l’expérience. Et je pense que c’est ce qui me différencie un peu des autres candidats.

Vous parlez d’homme propre. Cela signifie que vos concurrents ne le sont pas ?

En tout cas, moi je ne traine aucun dossier. Gouverner, pour moi, c’est d’abord servir. Et non se servir ! Or, beaucoup de ces personnes qui sont aujourd’hui candidats, anciens présidents, anciens Premiers ministres, se sont servis du pouvoir qu’ils avaient entre leurs mains pour s’enrichir et n’ont pas pensé une seule seconde à servir véritablement la nation et la population. Le gouvernant doit respecter les lois et faire respecter les lois. Ce qui n’a pas été le cas pendant longtemps à Madagascar. Alors, Et si aujourd’hui à Madagascar, l’Etat est en déliquescence c’est parce que les lois ne sont pas respectées.

Justement, venons-en à ce point que vous soulevez. Faire respecter les lois. Vous l’avez dit tout à l’heure, vous avez dû durant votre carrière d’homme politique, et notamment en tant que Premier ministre de la Transition, composer avec plusieurs mouvances politiques. Vous êtes perçu comme un homme de consensus, un homme de réconciliation. Néanmoins, lorsque vous étiez chef de gouvernement, les trafics en tous genres, et particulièrement celui du bois de rose, ont atteint des sommets et vous avez laissé faire. Vous n’avez pas agi. Jean-Omer Beriziky, est-il véritablement un homme de poigne ?

Cette transition était conduite par deux têtes. Il y avait la présidence de la transition et la primature. Je conduisais la primature sans avoir les prérogatives nécessaires pour vraiment avancer dans le sens où je voulais avancer. Mais il y avait une mission principale. Cette mission principale c’était la sortie de crise.

Mais comment expliquez-vous, par exemple, que vous aviez la liste de ces trafiquants et que vous ne l’aviez pas donné à Andry Rajoelina, mais à Hery Rajaonarimampianina le jour de votre départ de la primature finalement ?

Monsieur Andry Rajoelina était un président de la transition. Donc il n’avait pas la légitimité nécessaire pour pouvoir agir dans l’intérêt de la population. Par contre, le président élu a reçu « l’onction » de la population et de ce fait il pouvait prendre toutes les décisions nécessaires, avec les dispositions légales qui existaient déjà. Alors, c’est pour cette raison que je lui avais amené cette liste.

Et quand vous dites : « Vous avez laissé faire ». Non ! Ce n’est pas vrai ! J’ai monté le comité de pilotage composé par différents représentants de différents ministères et aussi de la société civile et de la communauté internationale représentée par la Banque mondiale. Ce comité de pilotage avait tout fait pour arrêter le trafic. Tous ceux-là, bien-sûr, n’ont pas eu les résultats escomptés. Loin de là. Parce que vous prenez des mesures ici, à côté les trafiquants reçoivent des protections et ces protections venaient, bien sûr, souvent de l’Etat.

Et ces protections sont toujours en vigueur à l’heure actuelle. Jean-Omer Beriziky, quand vous vous êtes porté candidat, vous avez pris dix engagements, du rétablissement de l’Etat de droit à la décentralisation effective du pouvoir, en passant par la réforme de l’éducation ou la facilitation à l’accès à l’eau et à l’électricité. Sur quels thèmes en particulier allez-vous faire campagne pour convaincre les électeurs de voter pour vous ?

Je vais commencer par rétablir l’autorité de l’Etat. Qu’aucune impunité ne soit tolérée dans ce pays. C’est seulement à partir de cela que la confiance de la population avec ses gouvernants se rétablit. Et lorsque cette confiance est retrouvée de nouveau, on peut s’atteler à différentes tâches et le respect de ces engagements est la priorité de ma campagne.

De quelles ressources financières disposez-vous pour mener justement cette campagne ?

Je fais appel, bien sûr, à des fonds privés.

Nationaux ou internationaux ?

Nationaux et internationaux. S’il y a des gens de l’extérieur qui veulent bien m’aider pour le combat que je voudrais mener pour le bien de mon pays…

Peut-on savoir de combien vous disposez pour votre campagne pour cette année ?

J’aimerais plutôt garder ce secret pour moi.

Vous serez transparent sur la provenance de vos fonds et le montant de vos fonds ?

Oui, cela devrait être la règle. Mais encore faut-il que les lois sur les élections soient claires et précises dans ce domaine. Dommage. Dommage que la loi électorale soit aussi difficile à comprendre et que chacun l’interprète à sa manière. Moi, vous savez, je dis que toutes les conditions ne sont pas encore remplies pour aller vers une élection crédible.

Justement, la population, la société civile, la communauté internationale, tous aspirent à des élections apaisées et transparentes. Pour vous cela signifie que dans l’état actuel des choses ce n’est pas possible ?

Je pense qu’il y a trop de suspicions et que la sérénité n’est pas acquise encore. On avance vers cette élection, mais je suis un peu sceptique. La liste électorale même, le travail de la Céni est un travail qui n’a pas été accompli de façon transparente.

Un audit de l’OIF vient quand même de déclarer que la liste était à peu près correcte.

Cette version de l’OIF peut être remise en cause par l’OIF elle-même. Des fois, c’est cela un peu le problème de la communauté internationale, c’est souvent d’aller un peu trop vite dans leur conclusion. J’ai parcouru pas mal de districts et je sais qu’il y a beaucoup de personnes qui ne sont pas inscrites dans la liste et pourtant qui ont l’âge nécessaire et qui devraient avoir aussi le droit d’aller voter.

Gouverner, pour moi, c'est d'abord servir et non se servir !
Jean-Omer Beriziky, candidat à l'élection présidentielle malgache
06-10-2018 - Par Sarah Tétaud

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