Présidentielle au Cameroun: scrutin sous haute tension en zone anglophone

Un gendarme passe devant des officiels en train d'installer un bureau de vote à Mwangai près de Buea en zone anglophone.
© MARCO LONGARI / AFP

Ce dimanche au Cameroun, 6,6 millions d’électeurs étaient appelés aux urnes pour élire leur président. Huit candidats étaient en lice dont le chef de l'Etat sortant Paul Biya. Un scrutin qui s'est déroulé dans la calme, sauf dans les deux régions anglophones.

En allant voter ce dimanche, le président s'est félicité de la sérénité dans laquelle se déroulait l'élection. Si le scrutin s'est effectivement déroulé dans le calme dans la majeure partie du pays, le climat n'était pas du tout apaisé dans les régions de l'ouest anglophones.

Dans le Sud-Ouest, à Buéa, une voiture du quotidien gouvernemental Cameroon Tribune et celle du sous-préfet ont été prises pour cibles. Des journalistes de l'agence France presse ont également entendu des coups de feu d'origine inconnue a la mi-journée.

Dans le Nord-Ouest, la situation a été encore plus tendue. A Bafut, des assaillants non identifiés ont tenté d'incendier un bureau de vote avant d'être repoussés. Bamenda a, quant à elle, été le théâtre de violences. Selon l'armée, trois séparatistes ont été tués tandis que les populations sont restées cloîtrées chez elles.

Tirs à Bamenda

La journée de vote a commencé sous les tirs, dès 7h heure locale, soit une heure avant l'ouverture des bureaux. Les coups de feu ont été entendus dans plusieurs quartiers de Bamenda et se sont poursuivis tout à long de la journée. Les séparatistes avaient promis de perturber le vote et leurs menaces sur les électeurs ont poussé la plus grande partie des habitants à rester chez eux.

Une ONG a compté au moins neuf morts au total ce dimanche, deux militaires tués dans la région de Buea (Sud-Ouest), six jeunes soupçonnés d'être des combattants séparatistes à Bamenda et toujours dans cette ville, un homme a péri dans l'incendie de sa maison.

Gilbert est étudiant. Il a passé son dimanche cloîtré chez son oncle à Bamenda, où il s'est réfugié. « Je ne peux pas voter ici, je suis un déplacé intérieur, je ne suis pas chez moi, la crise m'a contraint a partir. Personne n'est chez lui. De toute façon, comment voulez-vous voter en plein milieu d'un conflit armé, questionne le jeune homme. Les militaires sont là, les séparatistes aussi. Si vous allez voter, vous aurez forcément des ennuis ».

Bureaux de vote fermés ou déplacés

Fon Nsoh, coordonne Cominsud, une ONG locale. Il est également observateur accrédité dans le quartier de Bamenda II. « Je n'ai pas vu une seule personne traverser la route de la journée. Je suis observateur accrédité des scrutins depuis 2004, même avec un badge d'accréditions je ne me sens pas en sûreté pour sortir, témoigne-t-il. Surtout que mon bureau de vote a été fermé. Au départ, il devait être à 300 mètres de mon habitation. Mais il n'y a plus que deux bureaux de vote dans le quartier de Bamenda II. Le bureau dont je dépends désormais est à environ 5 km, sauf que les véhicules ne sont pas autorisés a circuler. »

De nombreux bureaux de vote n'ont d'ailleurs même pas ouverts pour des raisons de sécurité, ou ont été déplacés, certains à 45 kilomètres du bureau initial. Et lorsqu'ils ont bien ouvert, les bureaux sont restés quasiment vides toute la journée.

Au Sud-Ouest, au moins 40% des bureaux de vote n'ont pas ouvert, et au Nord-Ouest, probablement 50 à 60%. Donc on peut dire que l'élection présidentielle a eu lieu dans huit régions du Cameroun tandis que deux autres régions en ont été exclues.

Maximilienne Ngo Mbe du REDHAC
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Le nombre de bureaux de vote divisé par 30

RFI a pu joindre Tenor Lawrence, l'ancien maire de la commune. Lui non plus n'a pas pu aller voter. « La situation était très mauvaise, je n'ai pas pu voter parce qu' il y avait de soldats qui tiraient tout au long de la journée, les "Amba Boys" étaient partout, raconte-t-il. Des maisons ont été brûlées. C'était impossible d'aller voter. Tout le monde avait peur, les rues étaient vides, il n'y avait aucun observateur de partis. Aucun représentant de parti politique n'est allé voter ».

Un défenseur des droits de l'homme de Buea témoigne sous couvert d'anonymat
07-10-2018 - Par Anne Cantener

Selon un document d'Elecam, l'organe chargé d'organiser le scrutin daté du 1er octobre, le nombre de bureaux de vote a été divisé par 30 sur l'ensemble de la région Nord-Ouest. Sur les 306 initialement prévus à Bamenda, 13 auraient ouvert ce dimanche. Exemple trés parlant dans le quartier de Bamenda II. D'après le document d'Elecam, 174 bureaux étaient initialement prévus dans ce quartier. Dans les faits : seuls deux ont ouvert leur porte, selon un observateur accredité.

Aucun chiffre officiel de participation pour le moment. On sait juste que les régions anglophones comptabilisaient prés d'un million d'electeurs inscrits. Selon Hans de Marie Heungoup, chercheur à l'International Crisis groupe, quasiment tous les retours situent le taux de participation en deça de 5% dans les deux régions.

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