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Madagascar

Madagascar: des riverains manifestent contre leur expropriation

Une centaine de Malgaches se sont réunis pour protester contre l'expropriation de leur terrain pour la construction d'une route reliant une grande entreprise de l'île à l'aéroport, dans la commune d'Andrianotapahana le 10 octobre 2018.
© RFI/Sarah Tétaud

En pleine campagne électorale, c’est une affaire dont le candidat et président sortant se serait bien passé. Mercredi, en banlieue de la capitale, une centaine de riverains en passe d’être expropriés ont manifesté leur colère face à un projet présidentiel pour le moins douteux. Une route reliant une grosse entreprise de l’île à l’aéroport est en train d’être construite. Cinq kilomètres ont déjà été remblayés sur des rizières de petits propriétaires. La suite ? Personne ne le sait vraiment. Aucun tracé ne figure sur aucun document officiel. Si les travaux continuent, les prochaines victimes devraient être des agriculteurs et des entreprises artisanales qui emploient plusieurs centaines de personnes. En tout, ce sont plus de 2 500 familles qui vivent dans la peur et se demandent chaque matin si les pelleteuses n’auront pas détruit leur maison ou leur terrain le soir.

A quelques dizaines de mètres, les caravanes des candidats en campagne crachent de la musique, mais les riverains n’ont pas le cœur à la fête. Cette semaine, les travaux de remblai ont commencé au pied de la maison de Mirana.

« Vous voyez, ces deux maisons-là et ce petit étang, c’est à ma famille. Un monsieur de l’Etat est venu nous dire qu’on allait nous donner 4 millions d’ariarys. C’est même pas ce que nous avons dépensé pour construire les maisons ! En partant il a dit  :"Que ça vous aille ou pas, peu importe, c’est un projet d’Etat" »

Père Innocent, le directeur de l’école Don Bosco, est lui aussi remonté. Il s’est retrouvé il y a quelques mois avec des piquets de délimitation plantés dans le jardin de sa congrégation. « Ni l’Etat, ni l’entreprise chinoise CRBC ne nous a contactés pour faire cette route : pas de permis légal, pas de dialogue, pas d’indemnisation. Si la route est construite, évidemment, ça va détruire la moitié de l’école, on ne saura plus où mettre nos jeunes. Mais le plus grave, c’est pour les simples gens, qui ont des maisons, des rizières qui font vivre les Malgaches. C’est comme si tu allais au marché, que tu prenais la marchandise de quelqu’un sans payer, en lui disant  : "Je te paierai quand je voudrai et combien je voudrai" ».

Maître Olala défend les riverains expropriés. Il accuse l’Etat de compromission avec la société qui d’après lui, serait l’unique bénéficiaire du tracé de la route. « L’Etat malgache n’a pas notifié cette décision aux villageois. Il n’a pas non plus demandé leur avis : pas de cahier de doléances, pas d’affichage ! Rien n’a été respecté dans le droit ! Et tout ça, c’est pour servir les intérêts d’une société qui s’appelle Filatex. Et qui accapare tous les biens des petites gens. Filatex a pris plein de terrains, dans la légalité, ou en dehors de toute légalité suivant les cas. Et ça, tous les Malgaches le savent ! »

Quel est le lien réel entre cette entreprise privée et l’Etat ? Mercredi soir, ni le ministère des Travaux publics ni la société pointée du doigt n’ont donné suite à nos demandes d’interview. L’avocat exhorte les autorités à faire changer le tracé et préférer la réhabilitation d’une ancienne route. Une requête a été déposée au Conseil d’Etat, seule institution habilitée à gérer les litiges fonciers impliquant l’Etat.


Droit de réponse de la société Filatex demandé le 12/10/2018 :

« Cette route, nous n'y sommes pour rien », affirme le Directeur Administratif de Filatex. « Nous réfutons l'idée qu'on soit à l'initiative de cette construction. Le tracé a été décidé par les autorités du pays sans que nous ayons été consultés. Nous-mêmes risquons d'être expropriés par l'Etat. Nous avons été contactés la semaine dernière par les services domaniaux pour nous avertir de la situation. Les accusations de Maître Olala sont infondées. Filatex est une société immobilière : il est normal qu'on ait des terrains. Je ne vois pas de quoi l'avocat parle quand il dit que "nous volons les Malgaches" ».

Par ailleurs, le représentant de la société a tenu à préciser : « On ne participe ni de près ni de loin au financement politique des candidats, que ce soit pour cette élection ou de manière générale ».

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