OIF: Louise Mushikiwabo, une survivante à la tête de la Francophonie

La Rwandaise Louise Mushikiwabo, photographiée en septembre 2018 à New York.
© Ludovic MARIN / AFP

Qui est la Rwandaise Louise Mushikiwabo, désignée secrétaire générale de l'Organisation internationale de la Francophonie vendredi 12 octobre 2018 à Erevan, en Arménie ? Personnellement marquée par le génocide des Tutsi dans sa famille, celle qui était ministre des Affaires étrangères de Paul Kagame jusqu'ici a d'abord un cursus universitaire tourné... vers la langue anglaise.

Une professeure d'anglais dirigera désormais l'Organisation internationale de la Francophonie. La consécration pour cette femme de 57 ans, qui est née dans une famille de petits propriétaires terriens en 1961, à Kigali, ville où Louise Mushikiwabo fait ensuite sa scolarité avant d'entrer à l'université du Rwanda, à Butare, puis d'enseigner la langue de Shakespeare. Déjà à l'époque, les persécutions contre les Tutsi ont commencé. Elles bouleverseront toute sa vie.

La jeune femme part pour les Etats-Unis en 1986 avec une bourse, pour faire des études d’interprétariat. Elle ne le sait pas encore, mais cet exil loin de son pays et des siens va lui sauver la vie lors du génocide des Tutsi en avril 1994. Sa famille qui vit au Rwanda est décimée. A commencer par son frère Landoald Ndasingwa, grande figure de l’opposition libérale, l’une des premières victimes.

Entre-temps, Louise Mushikiwabo s'est mariée à un Américain et vit à Washington, où elle va travailler notamment pour la Banque africaine de développement. Mais elle n'a pas oublié le Rwanda, où elle revient régulièrement depuis la fin du génocide et la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR) de Paul Kagame. Celui-ci semble justement l'avoir remarquée.

A la tête de la diplomatie pendant neuf ans

Le président rwandais demande à Mme Mushikiwabo de revenir au pays en 2008. Brièvement directrice de la communication de la Banque africaine de développement à Tunis entre-temps, elle fait finalement son entrée au gouvernement comme ministre de l'Information, portefeuille qu'elle ne garde en mains que deux courtes années avant d'hériter des Affaires étrangères dès 2009.

Ce poste, elle l'occupera neuf ans, jusqu'à sa désignation comme secrétaire générale de l'OIF. Elle y donnera la pleine mesure de sa personnalité de survivante. Jamais membre du Front patriotique rwandais, elle serait pourtant l’une des rares à bénéficier de la confiance absolue du président. Les observateurs du Rwanda en feront même l'un des dauphins possibles de Paul Kagame.

Cette femme parfaitement bilingue anglais-français, que ses nombreux soutiens décrivent comme très brillante, va ainsi porter haut les couleurs de son pays à travers le monde. D'aucuns espèrent qu'elle saura le faire également avec l'OIF. « Je suis venue à Erevan rwandaise, africaine, je repars francophone », a-t-elle dit vendredi. Ses détracteurs la dépeignent pour leur part volontiers comme « la voix de son maître », son « guide », salué dans son discours de victoire.

L'OIF, à « la croisée des chemins »

En donnant sa première conférence de presse après sa désignation, Louise Mushikiwabo a précisé ses ambitions. « Je ne viens pas à la Francophonie pour faire des miracles, pour réinventer la boussole. La Francophonie existe depuis bien avant mon arrivée, mon arrivée au monde. La Francophonie a connu les pères fondateurs. Elle a connu différents acteurs au cours des dernières décennies. Mais je suis convaincue que notre Organisation est à la croisée des chemins. »

« Le monde dans lequel nous vivons est un monde imprévisible, a-t-elle poursuivi. Un monde qui est en déficit d’humanité, quelque part, mais aussi un monde où les opportunités sont immenses. Et pour moi, ma mission, mon plan, mon ambition, c’est de placer l’Organisation commune qu’est la Francophonie à l’endroit qu’il faut. C’est-à-dire que j’aimerais placer la Francophonie là où on peut faire la différence ».

Je considère la Francophonie comme une organisation "trait d’union" avec beaucoup d’autres partenaires. Comme une organisation qui servira, de plus en plus, de catalyseur.
Louise Mushikiwabo
13-10-2018

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