Le Burundi accuse la Belgique de la mort d’une figure de l’indépendance en 1961

Vue de Bujumbura, capitale du Burundi.
© Wikimedia

Le Burundi accuse la Belgique, son ancienne puissance coloniale, d'avoir commandité l'assassinat en 1961 du prince Louis Rwagasore, héros de l'indépendance et membre de la famille royale. Cette accusation n'avait jamais été officiellement formulée par les autorités burundaises.

Dans un communiqué publié à l'occasion de la commémoration de la mort du prince Rwagasore, le 13 octobre, le porte-parole du gouvernement burundais a qualifié la Belgique de « véritable commanditaire » de l'assassinat du prince et l'accuse de ne pas avoir « encore rendu de comptes » dans cette affaire. Le gouvernement a également annoncé vouloir mettre sur pied « une commission technique » pour enquêter sur cet assassinat.

La responsabilité de la Belgique dans le meurtre de ce héros de l'indépendance plane depuis des années sur la Belgique sans n'avoir jamais été vraiment prouvée. Elle fait partie de l'imaginaire des Burundais entre autres, car en 1961, quand le fonctionnaire belge le plus haut placé au Burundi se rend à la morgue pour voir le corps du prince, la mère de ce dernier le croise et le gifle. Cet évènement accrédite donc la thèse d'un complot belge sans que les historiens ne se soient jamais vraiment penchés dessus.

Une menace burundaise

A l'heure actuelle, un historien belge travaille justement sur cette question. Ludo de Witt a épluché les archives de l'ambassade de Grande-Bretagne. Et selon lui, des documents révèlent une implication de la Belgique. Bruxelles aurait donné son un feu vert pour se débarrasser de ce trublion fervent défenseur de l'indépendance, explique-t-il.

Du rapport ressort clairement, documents à l'appui, qu'il y a une implication de la Belgique dans cet assassinat.
Le chercheur Ludo de Witt confirme responsabilité belge dans l'assassinat du prince burundais Louis Rwagasore
15-10-2018 - Par RFI

Bien que les autorités burundaises n'aient pas expliqué pourquoi ces accusations sont formulées maintenant, celles-ci pourraient être motivées par des enjeux diplomatiques. Le régime de Pierre Nkurunziza est fortement critiqué à l'étranger, les relations avec la Belgique sont tendues. Pour Bujumbura, il s'agit peut-être d'une façon d'avertir qu'une trop grande pression sur le Burundi ne sera pas sans conséquences. Le Burundi reproche, entre autres, à Bruxelles d’être à l’origine des sanctions européennes, contre son pays. Bujumbura a rappelé son ambassadeur pour consultations depuis trois mois. Il n'est toujours pas revenu

Car le prince Louis Rwagasore est une figure majeure de l'histoire du Burundi. Parce qu'il a conduit le pays à l'indépendance, mais aussi parce qu'il avait réussi à créer une unité nationale, à dépasser les différences ethniques dans le pays. Des conflits qui ont d'ailleurs très rapidement explosé après son assassinat.

La Belgique, de son côté, s'est dite ouverte au réexamen « sans tabous » de cette période « y compris les faits les plus tragiques ». Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères a cependant mis en garde contre toute « instrumentalisation » de l'histoire, « y compris les faits les plus tragiques ».

 

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