Cameroun: l'épilogue d'une élection particulièrement commentée

Le président camerounais Paul Biya, ici à l'ONU le 22 septembre 2016, rempile pourun septième mandat.
© REUTERS/Carlo Allegri -/File Photo

Paul Biya, 85 ans, a été officiellement réélu pour un septième mandat au Cameroun lundi 22 octobre. Depuis hier, la victoire du président octogénaire est officielle. Les scores - 71% des voix pour le président, 14% pour le premier opposant Maurice Kamto, 6% pour Cabral Libii, 3% pour Joshua Osih - sont définitifs. Revue de presse camerounaise et réactions internationales.

L’Anecdote, un journal proche du pouvoir, présente à sa Une Paul Biya sous son meilleur jour et le qualifie comme un « indomptable », en référence à l'équipe fanion de football du Cameroun.

La Voix du Centre constate qu’avec cette victoire, Paul Biya sera au pouvoir jusqu’à ses 92 ans et culminera 43 ans de règne sans discontinuer, tout simplement inédit.

Le quotidien Mutations relève, pour sa part, que malgré un pourcentage plus que confortable de plus de 111 %, Paul Biya perd dans la région du Littoral, dans la grande cité portuaire de Douala et s’en tire de peu dans la capitale Yaoundé. Le confrère souligne surtout que près de la moitié du corps électoral n’a pas voté. Conclusion pour Mutations : cette victoire a un goût de défaite.

Le Messager, un quotidien très critique vis-à-vis du pouvoir, estime qu’on est reparti pour un septennat où prospéreront la corruption, l’enfumage et la politique des slogans creux face à un peuple impuissant.

« Maurice Kamto, moi ou le chaos », annonce pour sa part l’hebdomadaire Politica, qui juge le candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) de mégalomaniaque.

La presse anglophone analyse, quant à elle, les codes de l’échec du SDF dont le candidat Joshua Osih n’a pu faire mieux que quatrième, alors que ce parti depuis sa création a toujours été leader de l’opposition camerounaise.

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Des débats enflammés sur Internet

L'une des nouveautés de cette présidentielle au Cameroun, c’est cette dynamique sur les réseaux sociaux. Ils ont été très utilisés pendant la campagne et même après l’annonce des résultats.

Le débat est même très enflammé sur Internet. Sur sa page Facebook, l'écrivain Eric Essono Tsimi raille assez durement la vidéo de Maurice Kamto diffusée hier sur les réseaux sociaux. Un « baroud d’honneur ridicule », estime-t-il, ou encore « l’énergie du désespoir ». Et osant une comparaison avec un pays voisin, le Gabon, l’écrivain relève que « Jean Ping avait eu bien plus de succès internationaux » et que malgré tout il n’est arrivé à rien.

Un chef d’entreprise ayant pignon sur rue à Douala dénonce selon ses termes « l’arrogance régnante et exultante » et invite à « ne jamais insulter l’avenir ». Thierry Gervais Gango, un journaliste, prend le contre-pied de l’écrivain Eric Essono Tsimi et estime que son texte « souffre de trop de passion et s’acharne de manière inutile sur une figure de l’opposition dont le travail devrait consister par toutes les saisons à essayer d’être en contre-pouvoir ».

Autre sortie qui est abondamment commentée sur les réseaux sociaux, c’est celle de Cabral Libii sur une radio internationale, où il a laissé entendre qu’il n’était a priori pas contre l’idée de travailler avec le vainqueur déclaré de ces élections, en l’occurrence le président Biya. Beaucoup estiment qu’il fait acte de trahison envers le peuple, ce qui a obligé Cabral Libii à repréciser le sens de cette sortie, indiquant que les confrères n’avaient pas diffusé tout son propos et avaient délibérément détourné la compréhension de son message.

Mais de manière plus globale, beaucoup d’intervenants estiment qu’il est temps de tourner la page, que cette élection présidentielle aura été très tendue et aura autant passionné que divisé l’opinion comme jamais auparavant.

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Il manquait dans les réactions d'après-résultats celle du candidat du SDF, Joshua Osih. Il dit « prendre acte » de la proclamation des résultats de la présidentielle malgré, écrit-il, « toutes les preuves d'irrégularités ». Joshua Ossi dénonce également « une volonté manifeste de marginaliser les populations des régions du nord-ouest et du sud-ouest » ; il promet de s'engager pour aider à trouver une issue à la guerre en zone anglophone. « Nous avons, poursuit-il, une honte nationale à effacer ».

Réactions internationales

Paris salue une élection qui s'est, selon les mots du Quai d'Orsay, « globalement déroulée dans le calme ». La France dit néanmoins regretter que « de nombreux Camerounais n'aient pu exprimer leur choix, notamment dans le nord-ouest et le sud-ouest du pays ».

Parmi les autres réactions à la réélection de Paul Biya, hors du Cameroun, les Etats-Unis félicitent le peuple camerounais pour ces élections « pacifiques ». C'est ce qu'indique un communiqué signé du porte-parole de la diplomatie américaine, Heather Nauert. Washington pointe cependant des irrégularités commises « avant, pendant et après » le scrutin. « Ces irrégularités n'ont pas affecté le résultat », poursuit le communiqué. « Mais elles ont donné l'impression que ces élections n'étaient pas crédibles, ni vraiment libres et équitables. »

Réaction plus mesurée du secrétaire général des Nations unies : António Guterres «  pris note » des résultats. Il appelle à ce que les éventuelles contestations électorales suivent les « canaux légaux ».

Le Royaume-Uni, via un communiqué signé de la ministre pour l'Afrique Harriett Baldwin, félicite Paul Biya pour sa réélection. Mais le pays dit « rester profondément préoccupé par la détérioration de la situation » en zone anglophone. Londres appelle le gouvernement camerounais à « prendre des mesures immédiates ». Le Royaume-Uni demande aussi à toutes les parties d'« accorder un accès humanitaire complet et sans entrave à la population touchée ».

 

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